Genre: Roman
Qui ? Alex Capus
Titre: Léon et Louise
Léon und Louise Traduit de l’allemandpar Emanuel Güntzburger
Chez qui ? Actes Sud, 314 p.

Alex Capus a rejoint le Bernois Paul Nizon et le Genevois Metin Arditi sur la liste des auteurs suisses édités par Actes Sud. Comme Paul Nizon, il écrit en allemand; comme lui, pourtant, il a des liens forts avec le monde francophone. L’auteur de La Fourrure de la truite vit à Paris, tandis que celui de Léon et Louise – le premier roman d’Alex Capus publié par Actes Sud – est né en France de père français, a vécu sa prime enfance à Paris avant de partir à l’âge de 6 ans pour la Suisse alémanique.

Paul Nizon raconte Paris de l’intérieur, en piéton poétique, dans ses livres aux airs de chroniques mystérieuses et d’errances. Alex Capus observe au contraire le pays de loin – d’Olten, sans doute, où il vit. Et la France de son enfance prend sous sa plume des airs de lanterne magique, un goût de bonbons coloré, un parfum suranné et exotique. Charles Trenet, sa «douce France» et ses facteurs qui s’envolent à bicyclette ne sont pas loin. On peut imaginer que c’est ce côté carte postale en couleur qui explique, dans le monde germanique, l’incroyable succès de Léon und Louise, paru en 2011 chez Hanser et dont les tirages atteignent les 400 000 exemplaires. Le lecteur francophone, lui, a parfois l’impression de voir un film des années 1940 en version colorisée. Il faut aimer le genre.

Malgré son côté «chromo», Alex Capus est un conteur chaleureux. Il sait, sans vous ennuyer, dérouler son histoire. Une histoire de famille, celle d’Alex Capus lui-même, qui avoue s’être inspiré de la vie de son grand-père: l’histoire de la famille du narrateur en tout cas, puisqu’il annonce, au détour d’une page, sa future naissance en 1961, tout comme Alex Capus. Retraçant donc la vie, somme toute banale, de son grand-père français – baptisé Léon Le Gall dans le roman –, le romancier parvient à tisser un récit palpitant.

Léon, un bon gars tout ce qu’il y a de gentil, a connu les deux guerres, mais de loin. Pendant toute la Seconde Guerre mondiale, il demeure dans Paris occupé, fidèle à son poste de fonctionnaire. Il ne participera pas non plus directement à la Première Guerre mondiale, mais elle le marquera, en revanche, de façon plus dramatique. Encore adolescent, il perd brutalement, lors d’un bombardement, une certaine Louise, dont il vient juste de tomber fou amoureux. La croyant morte, il continuera son petit bonhomme de chemin. Devenu père de famille et expert au laboratoire de police du quai des Orfèvres, il finira par retrouver Louise. Mais en bon mari et en bon père, il rangera la jeune femme dans son jardin secret jusqu’à la mort d’Yvonne, son épouse légitime.

Alex Capus se place à hauteur d’homme, polit soigneusement les angles de son récit. Il pratique l’humour avec légèreté et malicieusement. Il évoque ainsi son «arrière-grand-père», père peu aimant de Léon, professeur de latin et grand fumeur: «Au Lycée, les exposés interminables et désespérément monotones, accompagnés de cigarettes fumées l’une à la suite de l’autre, qu’il donnait sur les tessons de vases antiques, les bains romains et les routes militaires étaient légendaires et redoutés. Les élèves tenaient bon en observant sa cigarette, attendant qu’il s’en serve pour écrire au tableau et qu’il fume à la place son bâton de craie.» Une attention au détail, un art consommé de la petite scène bien sentie, voilà la petite musique d’Alex Capus.

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Alex Capus

«Léon et Louise»

«Il voyait le chemisierà pois rouges, les jambesqui pédalaient, les chaussuresà lacets usés, et puis le sourirequi n’était pas seulement gentil, non, il était enthousiasmant»