Tomber des nues. James Thierrée, 31 ans, vient du ciel et vise les abysses. Lundi soir, à la cérémonie des Molières, l'enfant de la piste, petit-fils de Charlie Chaplin, a été couvert de statuettes: quatre pour lui et sa Symphonie du hanneton, qui a fait le bonheur du Théâtre de Vidy en novembre 2002. Le poète-acrobate a damé le pion à de grands noms: Molière de la mise en scène, alors qu'André Engel et son impressionnant Roi Lear avec Michel Piccoli étaient en lice; Molière de la révélation théâtrale; mais aussi Molière des costumes (c'est sa mère Victoria qui les a conçus); et enfin Molière du meilleur spectacle dans la catégorie «théâtre public», qui concerne en France la scène subventionnée.

Tant d'honneurs n'ont pas rendu loquace James Thierrée. Au discours de circonstance, l'artiste a préféré la légèreté burlesque de la pantomime. «C'est un saltimbanque comme on n'en fait plus», s'enthousiasme René Gonzalez, qui le premier en Suisse a programmé James Thierrée. «Quand j'ai découvert La Symphonie du hanneton dans une petite salle de la région parisienne, j'étais ému comme un enfant. Ce jeune homme a un monde à lui et une modestie à la hauteur de son talent.»

James Thierrée à Vidy

Bonne nouvelle: sa prochaine création sera à l'affiche du Théâtre de Vidy en janvier 2007. Autre personnalité rare récompensée: la Française Julie Brochen et son Théâtre de l'Aquarium qui proposaient l'automne passé à Vidy aussi Hanjo, récit d'une passion sur un quai de gare. Les mots du Japonais Mishima trouvaient alors leurs teintes hivernales, leur timbre mélancolique, leur chair à vif. «Julie Brochen et son Hanjo sont à contre-courant des modes», note René Gonzalez.

A contre-courant, oui, Julie Brochen et James Thierrée le sont. Leurs sacres consolent un peu que de grands acteurs casse-cou n'aient pas été distingués. Magnifique en patriarche égaré dans les neiges voulues par son metteur en scène André Engel, Michel Piccoli s'est vu préférer Jacques Sereys pour sa prestation dans du Côté de chez Proust. Le Roi Lear ne fut pas complètement négligé: Nicky Rieti à la scénographie et André Diot à la lumière eurent droit chacun à leur Molière. Ces deux-là ont des pinceaux dans les yeux. James Thierrée, lui, promet de se draper encore dans l'étoffe de ses songes. Ils font peur, parfois. Ils rendent muets d'admiration surtout.