Littérature

Petros Markaris: «Ecrire la crise en la vivant, c’est épuisant»

L’auteur de «Liquidation à la grecque» est l’invité ce mardi 27 septembre des Rencontres internationales de Genève

Petros Markaris sera, ce soir, aux Rencontres internationales de Genève. Des conférences qui invitent à «penser le monde par la littérature». Les aventures du commissaire Chiaritos et de sa famille (Liquidation à la grecque, Le Justicier d’Athènes, Pain, éducation, liberté et Epilogue meurtrier) ont permis à nombre de lecteurs de mieux comprendre la force et la nature de la crise en Grèce. Petros Markaris, s’il écrit des romans qui se passent à Athènes, n’oublie jamais, le reste du monde. Cet ancien traducteur et scénariste, – amoureux des dictionnaires, comme son commissaire – parle et écrit l’allemand, s’exprime en français, et raconte aussi bien ses compatriotes que les migrants. C’est l’humanité du regard qu’il pose sur son petit monde, qui en fait un auteur qui touche bien au-delà des frontières de la Grèce.

Le Temps: Les Rencontres internationales de Genève ont pour titre, cette année, «Penser le monde par la littérature». Qu’en pensez-vous?

Petros Markaris: J’ai écrit quatre romans autour de la crise grecque. Pourquoi? Parce que je voulais que mes lecteurs saisissent quels étaient les vrais problèmes. Je voulais leur poser des questions et les amener à trouver, eux-mêmes, les réponses. Tout écrivain, au début de sa carrière, croit que la littérature peut changer le monde. C’est une illusion. Le monde ne change pas. Mais la littérature aide à mieux le comprendre et à trouver des réponses utiles.

- Est-ce la crise qui vous a mené à au polar ou le polar qui vous a amené à parler de la crise?

- Le polar est un moyen de parler de la société, de la réalité sociale et politique. Quand la crise a éclaté en Grèce, j’ai entendu les hommes politiques dire que ça n’allait pas durer longtemps, qu’on allait prendre quelques mesures et tout régler. Or, je savais que la crise n’était pas venue en touriste mais qu’elle allait durer. Dès le début, j’ai voulu parler de la crise par la littérature.

- Les aventures du commissaire Chiaritos touchent bien au-delà de la Grèce. Comment l’expliquez-vous?

- Le commissaire Chiaritos est venu me rendre visite avec toute sa famille! Ça a été une chance pour moi. Dans le sud, que ce soit l’Europe du sud ou l’Amérique du Sud, les gens s’identifient beaucoup avec la famille, et pas seulement avec le héros. Du coup, quand j’essaye d’expliquer les difficultés que rencontrent quotidiennement les Grecs, j’y parviens grâce à la famille de Chiaritos.

- Votre intervention, mardi soir, s’intitule «L’écrivain et ses villes»? Quelles sont vos villes?

- Trois villes ont beaucoup compté pour moi: Istanbul, ma ville natale. Vienne, où j’ai étudié. Et enfin, Athènes. Lorsque je vivais à Vienne, je parlais l’allemand bien mieux que le grec. Mais, à un moment donné, j’ai décidé d’écrire dans ma langue maternelle, le grec. Voilà pourquoi, aujourd’hui, j’habite à Athènes…

- La dernière aventure du commissaire Chiaritos s’intitule «Epilogue meurtrier». Un point final?

- C’est un point final à ces quatre romans sur la crise qui, à vrai dire, m’ont épuisé. Aujourd’hui, en Grèce, il n’existe pas une seule famille qui ait échappé à la crise. Parmi mes proches, beaucoup sont touchés comme dans toutes les familles grecques. Or, écrire la crise et vivre dedans, c’est épuisant.

- Le commissaire va-t-il prendre sa retraite?

- Non. J’ai écrit un nouveau roman, qui est sorti en grec, où l’argent retourne vers la Grèce. L’intrigue ne porte pas sur des assassinats, mais sur: d’où vient l’argent? C’est de la science-fiction, si on veut!


Petros Markaris aux Rencontres internationales de Genève, Uni Dufour, Auditoire Jean Piaget, 27 septembre, 18h30. www.rencontres-int-geneve.ch

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