Son parcours artistique ressemble à un Who's Who insensé. Petula Clark a croisé les routes de Brel, Gainsbourg, Legrand, Salvador, Bécaud, Aznavour, Dassin ou Distel en France. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, ce sont Quincy Jones, Harry Belafonte, Oscar Peterson, Dean Martin, Charlie Chaplin, Joan Baez, Fred Astaire ou encore The Everly Brothers (l'immense succès «Games People Play» en 1970) qui l'ont adoubée.

Héroïne des sixties pop

Dans le cas de cette Genevoise de cœur (elle y conserve un pied-à-terre après s'y être longuement établie) et Française par amour, mieux vaudrait se demander quel artiste elle n'a pas côtoyé durant ses activités d'actrice, chanteuse et compositrice. «Je me rends compte de la richesse artistique et humaine de mon parcours, mais je préfère penser à toutes les choses qu'il me reste à réaliser et à apprendre. La nostalgie, ce n'est pas ma tasse de thé», précise humblement l'Anglaise vagabonde, 65 ans, qui s'est tout de même résolue à ouvrir le livre de ses souvenirs pour Petula Clark, une baladine. Une biographie richement illustrée, complétée par la publication d'un classieux album de duos.

Celle qui fut une immense héroïne des sixties pop grâce notamment à des chansons au délicieux accent british comme «Ya Ya Twist» ou «Chariot» en français et, surtout, le tube sans frontières «Downtown», demeure la plus populaire voix britannique. Elle a ouvert la voie à Sandie Shaw ou Jane Birkin en francophonie.

Les souvenirs n'encombrent pas encore complètement la mémoire encore vive d'une Petula Clark souhaitant enregistrer courant 2008 un album de chansons inédites de son propre cru. «Mes textes en anglais sont prêts et je cherche également des auteurs francophones pour un autre disque.

Star précoce, Petula dit avoir «vécu une drôle d'enfance». Elle n'a quasi connu que le monde du show-business. Intronisée «la petite fille de l'Angleterre» grâce à une mélodie de la BBC diffusée pour remonter le moral des troupes en guerre, Petula se voit aspirée dans un tourbillon de sollicitations artistiques. Une période difficile pour elle, autant que l'Europe en lutte avec Hitler, dont elle pense avoir surtout retiré «une volonté de fer». Qui lui a sans doute permis de surmonter les tourments apparus durant l'adolescence quand elle s'est demandé soudain ce qu'elle pouvait peut-être faire d'autre dans son existence malgré ses «carences en matière d'éducation». De la volonté, il lui en a fallu aussi pour surmonter le courroux de son pays natal lorsqu'elle s'est installée en France. «Une trahison aux yeux des Britanniques». Pourtant, jamais elle n'avait songé ni été intéressée à s'y établir, pas plus que de chanter en français: «On m'avait dit qu'une certaine Dalida copiait mes chansons avec un accent exotique et qu'il fallait absolument que je fasse des disques en français!» Dans l'Hexagone, sa fraîcheur et son humour font sensation. Petula Clark y découvre surtout Piaf et Brel, deux de ses plus grandes leçons scéniques avouées.

Petula Clark, une baladine, par Françoise Piazza: (Ed. Carpentier); CD: Petula Clark, Duets (Disques Office).