«Une nation n'est pas constituée par le fait qu'on parle une même langue, mais par le sentiment qu'on a fait ensemble de grandes choses dans le passé et qu'on a la volonté d'en faire encore dans l'avenir» , écrit Renan en 1878. Ce sentiment manque peut-être à la Suisse plurilingue qui vit souvent sa diversité dans la méfiance réciproque. Frédéric Chiffelle, professeur de géographie humaine à l'Université de Neuchâtel, publie les résultats d'une étude sur l'évolution de la frontière linguistique dans le Jura suisse. La crainte souvent exprimée d'une progression de l'allemand repoussant le français dans les cantons bilingues a motivé cette recherche, qui analyse la situation dans l'Arc jurassien romand depuis 1860. D'où il ressort, statistiques à l'appui, que la germanisation est en net recul pour des raisons économiques, politiques et culturelles.