Musique

Pharrell Williams et N.E.R.D. au Montreux Jazz, l’hymne à la paresse

L’Américain était vendredi pour la troisième fois sur la scène de l’Auditorium Stravinski, la deuxième avec N.E.R.D. Pour un show à nouveau minimaliste traversé de quelques maigres éclats. Quatre ans après «Happy», Pharrell Lanscilo Williams n’excite plus les foules

En 2014, Pharrell Williams était la star la plus attendue – après Stevie Wonder quand même – du Montreux Jazz Festival. Sorti quelques mois plus tôt, son album Girl triomphait, porté qu’il était par Happy, tube planétaire et intergénérationnel ayant donné lieu à des clips participatifs tournés à travers les continents.

Lire aussi: Notre compte rendu du concert de 2014

L’Américain chantera finalement ce soir-là un peu moins d’une heure, avec une nonchalance et un détachement qui laisseront une bonne partie du public pantois. Quatre ans plus tard, revoici donc Pharrell, avec son groupe N.E.R.D., formé à la fin des années 1990. Deuxième concert à l’Auditorium Stravinski pour ce projet construit autour de The Neptunes, le duo qu’il forme avec son ami d’enfance Hugo Chad. Duo influent s’il en est, qui a contribué avec un Timbaland à façonner le son du tournant du XXe siècle, produisant aussi bien Ol’Dirty Bastard, Busta Rhymes et Jay-Z que Britney Spears, Justin Timberlake, Usher et Shakira.

N.E.R.D., c’est Pharrell et Shae Haley officiant en MC, Chad Hugo en DJ. Vendredi soir à Montreux, le trio était accompagné de quatre musiciens et six danseurs. Assister à leur performance permet d’abord ce constat: quatre ans après Girl, l’album qui aurait dû en faire une méga-star, Pharrell Lanscilo Williams, 45 ans, n’excite plus les foules.

Peu de fébrilité dans une salle très loin d’afficher complet pour ce retour de N.E.R.D. Second constat: le natif de Virginia Beach est toujours aussi minimaliste dans son approche de la scène. Le concert durera à peine plus d’une heure, sans rappel, et avec autant de moments d’une insipide mollesse que de coups d’éclat (Lapdance, Rock Star).

Merci, au revoir

A chaque fois que le groupe parvient à faire quelque peu monter la température à coups de beats convoquant dans un même élan fusion rock et drum’n’bass, il s’arrange dans la foulée pour s’auto-saborder. Pharrell a beau haranguer le public, l’exhorter à bouger, il n’a définitivement rien d’un showman.

Passant d’un discours convenu autour de la différence pour faire avancer le monde à d’incessants «say yeah», il donne à nouveau l’impression d’être là sans trop y croire, comme lorsque en pensant faire plaisir à une partie de ses fans il reprend des extraits de Drop It Like It’s Hot, Blurred Lines et Get Lucky, les morceaux sur lesquels il a été invité par Snoop Dogg, Robin Thicke et Daft Punk. A peine l’ambiance monte-t-elle à nouveau d’un cran, hop, on passe à autre chose. Merci, au revoir.

Pharrell Williams est un producteur majeur, quoique aujourd’hui un peu dépassé – on lui préférera aisément un Danger Mouse. Mais la scène, ce n’est donc pas son truc. Sans compter que le cinquième album de N.E.R.D., sorti en décembre dernier, est passé relativement inaperçu. Pharrell était devenu un prénom, comme Michael. Le voici rentré dans le rang.

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