L'édition de livres photographiques connaît aussi son phénomène: il s'agit de la collection Photo Poche, lancée en 1982 par Robert Delpire, alors directeur du tout nouveau Centre national de la photographie à Paris, émanation du Ministère français de la culture. Avant de pouvoir lancer cette première collection de poche de livres de photo (petit prix, qualité irréprochable) grâce aux deniers publics, Robert Delpire avait soumis son idée à plusieurs grands éditeurs privés: «Personne ne voulait croire au succès de la photographie au format poche», se souvient Benoît Rivéro, directeur commercial de la collection. Ils s'en sont certainement mordu les doigts puisque le succès a été immédiat: trois millions d'exemplaires vendus depuis le lancement et plusieurs best-sellers comme Robert Doisneau (180 000 exemplaires), Cartier-Bresson (165 000), Lartigue (100 000).

En 1997, Photo Poche est cédé à Nathan et l'édition d'Etat passe au secteur privé: «Cela nous a permis d'accroître le nombre de parutions et de réimpressions du fonds. Nous avons également lancé Photo Poche Société et Photo Poche Histoire.» Un seul point noir au tableau: l'édition internationale de la collection. Jusqu'à aujourd'hui, Photo Poche ne connaît pas de traductions (sauf pour une quinzaine de titres dans les années 80 avec l'éditeur américain Pantheon.) Malgré ce handicap, les titres se vendent très bien à l'étranger dans leur version française: «Certaines années, le pourcentage de l'exportation atteint plus de 40% des ventes», précise Benoît Rivéro. Si Photo Poche a régné pratiquement seul pendant dix ans, la concurrence est devenue très vive aujourd'hui. Taschen et Phaidon notamment se sont immiscés dans la brèche. «C'est pour cela que notre développement international devient crucial.» Le responsable attend donc avec impatience que Vivendi-Universal, dont Nathan fait maintenant partie, mette sur pied les structures idoines.