Philip Roth, un monstre sacré, une œuvre sulfureuse qui s'attaque à tous les tabous de l'Amérique. Celui du sexe, en particulier, que l'écrivain brandit comme une ultime utopie dans une époque qui a mal à sa libido, même quand elle l'exhibe. C'est pourquoi l'auteur de La Bête qui meurt s'est taillé une réputation de provocateur: aux dogmes d'une société soumise à la dictature de la bienpensance, il oppose les sarcasmes voltairiens d'un briseur d'idoles, en mêlant fantasmes érotiques, humour yiddish, embardées philosophiques, turbulences existentielles, parodie et satire. Dès son premier livre, Goodbye Columbus, Roth a fait scandale en fustigeant les pudibonderies de la bourgeoisie juive de son pays. Et ses autres romans ont poursuivi le travail de sape: Portnoy et son complexe, La Contrevie, Professeur de désir, Pastorale américaine, J'ai épousé un communiste, où l'écrivain s'est inventé un alter ego persifleur et iconoclaste – Nathan Zuckerman. Quant au chef-d'œuvre du Lucifer new-yorkais, c'est sans doute La Tache: un brûlot ô combien dérangeant, qui démasque les hypocrisies du puritanisme avec, en prime, les confessions d'un universitaire politiquement et sexuellement incorrect…