L'exposition Philippe Barde à la galerie Rosa Turetsky à Genève, où l'artiste a déjà présenté ses travaux par le passé, consiste en sept pièces seulement, mais ces pièces sont multiples, toujours composées de plusieurs, voire de nombreux modules. Ce sont ici les répliques de têtes de soldats chinois de Xi'an, moulées d'après des moulages de petit format achetés en Chine, et bien entendu retravaillées. C'est ailleurs cet ensemble, dont le titre de Répétition et différence thématise la variation sur un même thème, à partir de la forme pure et dynamique d'un bourgeon. Ou encore cette série de portraits inscrits sur des plaques de verre, qui trouvent leur double dans leur ombre, mieux visible sur la paroi que l'original prisonnier de l'invisibilité du verre.

Et enfin, pièce majeure qui a valu à son auteur d'être l'un des rares céramistes occidentaux à se voir décerner, en 2005, le Grand Prix de la Biennale internationale de céramique en Corée, une récompense qui se monte à 60000 dollars, le groupe intitulé Bowl Face, en porcelaine sablée. Il s'agit d'un agencement de bols, qui présentent la particularité d'avoir été partagés, en deux ou en trois parties, et d'avoir été recomposés, recollés avant la cuisson. Il en reste une asymétrie, un décalage. Mais l'asymétrie, on en a ici la preuve, n'est pas synonyme d'impureté. L'idée est née à l'artiste genevois en observant la photographie d'un visage féminin, où le menton apparaît dans toute la beauté de sa courbe. Un U étroit, vers le bas, très lisse, qui s'évase au fur et à mesure qu'on lève le regard.

Ces bols, on l'aura compris, ne sont donc pas des bols, même s'ils ont l'allure de récipients, de réceptacles de la pensée et du rêve. Ce sont des parties de visage, des morceaux de tête pensante faite pour reposer dans les mains réunies en coupe. Des visages qui varient, selon l'angle de vue, selon les moments, selon les sentiments du spectateur. Sur le carton d'invitation, il est fait allusion à cette image montrant «une tête d'homme, de femme, jeune, vieux, impossible de le dire, les traits sont calmes et horizontaux», obtenue en superposant les portraits de milliers de passants. L'œuvre de Philippe Barde est une réflexion sur cette expérience, sur le trait de caractère et sur l'anonymat de n'importe quelle personne prise dans la foule de ses semblables.

Le travail est impeccable, l'envie de toucher, de caresser, immense, presque irrésistible. La sobriété des teintes, du blanc crème aux tons ocre de la cuisson, en passant par le gris perle, la douceur satinée des surfaces, lissées à la main, donnent davantage d'essor à la dynamique des formes. Cette exposition dans la Vieille-Ville de Genève est une extension du parcours de céramique qui se tient chaque automne à Carouge.

Philippe Barde: Xi'an, Kyoto, Genève. Galerie Rosa Turetsky (Grand-Rue 25, Genève, tél. 022/310 31 05). Ma-ve 14h30-18h30, sa 10-12h et 14-17h. Jusqu'au 29 octobre.