Philippe Fénelon est un touche-à-tout. Avant de se consacrer à la composition, il désirait être écrivain: «Je suis né dans les livres, explique-t-il, mais je commence seulement à publier des textes. La musique reste le mode d'expression que je domine naturellement.» Pour preuve, le compositeur est saturé de commandes jusqu'en 2005.

Très en vogue à Paris, soucieux d'englober l'homme dans sa dimension sociale, le compositeur français a écrit trois opéras, dont le dernier a été créé il y a deux ans à l'Opéra Bastille de Paris: Salammbô, d'après Flaubert, a divisé la critique, mais conquis le public. Et certaines de ses œuvres, comme les Elégies, sur le texte de Rainer Maria Rilke, éclairent la forme ancienne du madrigal d'une lumière neuve. Dimanche, le Théâtre municipal de Lausanne reçoit une troupe du Théâtre de Nancy pour une création scénique de l'œuvre.

«L'idée est de rendre vivant le drame, comme à l'opéra, explique le compositeur. Et surtout de s'approprier l'espace scénique. Pas question de prendre appui les uns sur les autres: les chanteurs travaillent individuellement.» Le chant est donc le moteur de ces Elégies, dont le propos évoque la quête du bonheur. La clé se situe dans les dernières lignes, où le poète décrit l'enveloppe d'une noisette qui tombe soudain à terre. Philippe Fénelon a longuement médité cette image: «Rilke nous montre que, contrairement à ce qu'on croit, le bonheur n'est pas dans les étoiles, mais bien sur terre. Ce mouvement de chute ne symbolise pas la mort, mais plutôt un geste d'offrande. C'est d'ailleurs ainsi que nous l'avons représenté dans le spectacle.»

Dans ses Elégies, Philippe Fénelon explore les fluctuations de l'âme. Ni noire, ni blanche, comme l'est sa vision du monde. Son douloureux parcours l'explique en partie: «Mon père a été déporté lors de la Seconde Guerre, j'ai frôlé la mort à cause d'une maladie: je suis donc conscient de la fragilité de la vie. Mon attitude face à la composition reflète celle de Nietzsche, sur une corde raide entre deux abîmes.» La pensée nomade, Philippe Fénelon ne s'attarde jamais sur une œuvre. Il s'attelle aujourd'hui à la composition d'un ballet, dont lui-même a également rédigé le livret. Ainsi, il réalise son rêve de toujours: être compositeur sans renoncer au mot.

Élégies, dix-huit madrigaux de Philippe Fénelon, dirigé par Henri Farge. Di 9 avril à 18h, au Théâtre municipal de Lausanne. Loc. 021/310 16 00.