«Jean Sablon? L'honneur de la profession.» Compliment laconique par lequel Arletty résume le sentiment dominant: celui d'un artiste dont l'intégrité a fait à son insu une bête curieuse, tantôt moquée pour son utilisation révolutionnaire du micro (le «Don qui chuchote» des mauvaises langues), tantôt adulée pour un professionnalisme perfectionniste encore moins répandu que le micro dans la chanson française d'avant-guerre. Ce marginal entiché de jazz et qui rêve d'ouvrir aux cordes vocales les perspectives infinies de la suggestion méritait bien une biographie. Celle-ci, minutieusement respectueuse, se lit comme un journal de bord dont l'acteur principal se serait éclipsé. Son intérêt, réel, réside dans la méticuleuse enquête factuelle qui permet de saisir au jour le jour les oscillations d'une carrière largement internationale. Prototype du «crooner» à la française, que les poids lourds américains Crosby et Sinatra tenaient en haute estime, le «French troubadour» a posé les jalons d'une séduction vocale dont Ferrat et Salvador seraient un peu les pôles éloignés.