Lyrique

Philippe Jaroussky et sa grâce étincelante

Le contre-ténor français a paru dans une forme éblouissante, jeudi soir au Gstaad Menuhin Festival. Il a chanté des airs d’opéra baroque avec l’Ensemble Artaserse

Philippe Jaroussky a rarement paru aussi inspiré que lors de son concert jeudi soir, au Gstaad Menuhin Festival. Le contre-ténor français était dans une forme éblouissante! Il servait le répertoire italien du XVIIe siècle, ce qu’il appelle «le premier opéra», soit des airs de Cavalli, Cesti et tutti quanti. C’est le genre de pièces qui lui va admirablement bien, parce qu’il n’a pas besoin de forcer, et il peut laisser libre cours à sa fantaisie et à sa sensibilité extrêmement musicale.

Entraîné par les rythmes

Rythmé au son d’une percussion légère (tambour, tambourin), ce concert enchaînait airs d’opéra et pièces instrumentales, sans interruption entre les morceaux. Entre cordes frottées et cordes pincées, on a tout l’attirail des instruments baroques, y compris les cornets à bouquin. Cela crée une ambiance festive, où l’on est entraîné par les rythmes chaloupés en alternance avec des plages plus méditatives. L’Eglise de Saanen est le lieu idéal pour ce répertoire; avec ses fresques murales et son bois qui résonne bien, les airs d’opéra baroque s’épanouissent sans sécheresse, avec volupté.

Le dialogue entre le chanteur et ses musiciens est d’ailleurs ce qui fait la force du concert. La voix du contre-ténor se fait tantôt suave, tantôt plus appuyée, pour déclamer les plaintes baroques. Parmi les perles, on pourrait citer les airs de Luigi Rossi et la grande scène «O del cielo ingiusta legge!» de Giustino de Giovanni Legrenzi. Philippe Jaroussky approfondit encore son chant en deuxième partie. On savoure son hypersensibilité dans la berceuse d’Arnalta («Adagiati, Poppea») de Monteverdi et la beauté des inflexions, chargées d’émotion, dans deux airs de Steffani et Cesti («Berenice, ove sei?»). Ces notes tenues, dépourvues de vibrato, revêtent un caractère céleste.

Un répertoire oublié mis en lumière

Dans un registre plus guerrier (mais toujours de sa voix très claire), il brille dans les airs de Cavalli, comme le splendide «All’armi mio core» de Statira. Les musiciens forment un groupe autonome, emmenés par le premier violon Raúl Orellana, plein de tempérament. La vitalité du jeu et l’imagination foisonnante de ce musicien – en dépit de quelques écarts de justesse – sont un régal. Du reste, chacun des membres de l’Ensemble Artarserse apporte sa touche personnelle dans une combinaison de couleurs très baroques. Applaudi avec ferveur, le contre-ténor chante en guise de bis le célèbre «Si dolce el’tormento» ainsi qu’un extrait de l’Orfeo de Monteverdi, suivis d’une chaconne d’Agostino Steffani. Une soirée enthousiasmante qui plaide pour un répertoire oublié.

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