Classique

Philippe Jordan, Julia Fischer et les Wiener Symphoniker: brelan d’as

La venue du chef suisse avec son orchestre et la violoniste munichoise a ébloui le Victoria Hall

Magnifique ouverture de saison pour Migros Classics. Non seulement par la qualité technique et musicale des interprètes, mais par la chaleur qui s’est dégagée de ce premier concert singulier.

La rencontre de la violoniste Julia Fischer et de l’Orchestre symphonique de Vienne, que dirige Philippe Jordan depuis 2014, n’est pas nouvelle. La musicienne était leur invitée en résidence il y a deux ans. Sa collaboration avec la phalange et le chef a donc pris le temps de s’approfondir, ce qui, évidemment, se ressent sur scène. Qu’est-ce qui a donc offert un supplément d’ardeur au programme? L’affection et la découverte.

Un chef suisse qui a conquis le monde

L’affection, c’est celle que Genève porte à Philippe Jordan, accueilli à mains et voix bruyantes par le public. Le chef suisse a conquis le monde depuis plus d’une décennie, de l’Opéra de Paris à l’orchestre de Vienne en passant par toutes les plus grandes scènes internationales.

Ici, il reste l’enfant d’une ville qui l’attend depuis longtemps devant l’OSR, mené par son père pendant douze ans. L’eau ayant coulé sous tous les ponts, et Steve Roger ayant juste repris la direction administrative du Romand, on rêve d’une invitation genevoise…

La découverte, c’est celle de Christoph Croisé. Présenter un jeune musicien en «guest star» pendant dix minutes pour ouvrir le concert: la pratique n’est pas souvent d’usage lors des rendez-vous symphoniques.

L’arrivée du violoncelliste a permis de goûter à une jolie «surprise du chef», d’autant que les deux pièces jouées n’avaient rien de classique. Stonehenge de Peter Pejtsik et Alone de Giovanni Sollima revigorent l’image de l’instrument, confronté aux influences rock, blues ou forlklorique. La virtuosité et l’engagement indiquent un artiste au tempérament déjà très affirmé, que les auditeurs ont apprécié et généreusement salué.

Du côté de Julia Fischer dans le Concerto pour violon de Brahms, c’est la perfection. Tant de pureté de jeu, de luminosité sonore, de brillance technique et de précision fulgurante d’attaque laisse sans voix. Sa longueur d’archet et sa dynamique cinglante impressionnent, sans toutefois toucher toujours au cœur et à la chair tant l’absolue beauté peut parfois glacer l’effusion.

On connaît Philippe Jordan pour la clarté de son approche des partitions. Celle de la 3e Symphonie de Brahms ne fait pas exception à la règle. Elle dégage, par cœur, des lignes dessinées à la pointe sèche, grâce aux musiciens exceptionnels, sur lesquels le chef peut s’appuyer (finesse des bois, rondeur de la grande harmonie, densité des cordes!).

Les plans dégagés au scalpel dans le 1er mouvement et le sentiment de savourer une préparation culinaire aux saveurs franches sans crème évoluent au fil de l’œuvre. L’étagement des flux sonores se réchauffe dans le 2e mouvement, la respiration s’aère dans le 3e et l’allure se libère dans le dernier. La 1re Danse Hongroise de Brahms et la Pizzicato Polka des Strauss, données avec humour en bis, achèvent de séduire la salle. Conquête assurée.

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