Philippe Poirier

Qu'est-ce qui m'a pris

(Microbe MIC.CD016/RecRec)

Avec Automne Six, Philippe Poirier et Stefan Schneider s'étaient dirigés l'an passé vers des atmosphères électroniques brumeuses. L'album, fruit notamment d'une résidence à La Bâtie de Genève en septembre 2002, enlaçait les textes énigmatiques du cofondateur de Kat Onoma aux sons synthétiques de l'expérimentateur allemand (To Roccoco Rot, Mapstation). Des ambiances aux mille nuances qu'ils reconduisent en partie dans ce deuxième opus solo de Philippe Poirier, que Schneider a coproduit et infesté de synthés miraculeux.

A l'heure où Kat Onoma solde vingt ans d'une trajectoire rock palpitante et tendue à travers All The Best From Kat Onoma (1 CD et 1 DVD, dist. Disques Office), Poirier prend une fois de plus une belle tangente. Des chemins de traverse où il pleut à verse, où la brume point et où, malgré tout, les éclaircies poétiques parviennent à chasser le poids des sons et du désenchantement. Des chansons de prose sans névroses pour autant, qui osent les associations d'idées, les risques de composition, les confrontations mélodiques. A ces climats choisis sans scories, délicats jusque dans leurs éclats insoupçonnés, Dominique A vient même mettre son grain de sel. En signant un titre sans rompre l'unité d'un disque qui se rapproche par endroits de l'esthétique informelle de son répertoire propre. Bien en a pris à Poirier, dont les qualités d'auteur et de conteur sont désormais avérées.