Scènes

Philippe Saire, la magie fait grandir

L’illusion comme support d’initiation, tel est le propos du chorégraphe dans «Hocus Pocus». Une création jeune public à découvrir au Petit Théâtre de Lausanne, avant une tournée romande

Et si construire une amitié, c’était accepter les trous noirs de l’autre? Etre d’accord de perdre pied pour mieux se retrouver? Avec Hocus Pocus, création de danse destinée aux enfants dès 7 ans, Philippe Saire raconte la création d’un lien à travers un voyage initiatique qui emmène très loin. Les petits sont séduits, témoigne le chorégraphe romand qui a testé son travail en cours de création. Les grands le sont aussi.

Hocus Pocus, c’est l’équivalent en anglais d’abracadabra . Et de l’illusion, il y en a beaucoup sur la scène du Petit Théâtre de Lausanne. Au départ, le public est même totalement mystifié. C’est que Philippe Saire recourt au même dispositif subjuguant qu’il a déjà éprouvé dans Vacuum, pièce pour adultes. Deux néons parallèles, en haut et en bas d’un mini-cadre de scène, qui éblouissent les spectateurs et créent un trou noir dans lequel les danseurs (ici, Philippe Chosson et Mickaël Henrotay-Delaunay) apparaissent et disparaissent.

De l’animal à l’humain

Au Petit Théâtre, ces in/out virtuoses évoluent au fil de la narration. D’abord, le corps est morcelé. Un bras, un dos, une jambe surgissent du néant et, avec l’éblouissement, on ne parvient pas à les identifier. On voit plutôt des museaux de chiens, des serpents. Ensuite, lorsque s’affirme le règne humain, on ne comprend plus à qui appartiennent ces pieds, ces tibias, ces mains. Philippe Saire sourit et brouille les repères.

Puis, les mélodies enchanteresses de Peer Gynt résonnent et lancent la fiction. Les parties du corps s’alignent, deux hommes-enfants entrent en action. Luttes, défis, rigolades, tensions. Philippe Saire s’est inspiré du Grand Cahier, d’Agota Kristof, pour chorégraphier la naissance d’une amitié. Le duo n’est pas dérangeant comme dans le récit de l’auteure hongroise, mais on sent bien les zones d’ombre et de rivalité.

Enfin, le rêve revient. Avion bricolé, vol de nuit à la Saint-Exupéry, accident, plongée dans l’océan, mer qui s’échappe du cadre, baleine qui a faim… A travers des étapes inspirées sur le plan visuel, le chorégraphe raconte comment l’imaginaire construit aussi l’enfant. Et toujours, les envolées lyriques d’Edvard Grieg gonflent les voiles du récit et le cœur des spectateurs. C’est à la fois charmant et magique. Une très belle manière de parler du et au jeune public.


«Hocus Pocus», jusqu’au 5 novembre, Le Petit Théâtre, Lausanne. Tournée romande sur le site de la compagnie

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