A propos de Philly D.A., montrée ces jours à Visions du réel, certains parlent parfois d’un «The Wire documentaire». Ce qui ne veut pas dire grand-chose. Le registre est tout à fait différent – même plus ancrée dans la réalité que bien des œuvres documentaires, la série de David Simon était irréductiblement une fiction. En plus, on parle de Philadelphie, pas Baltimore; or, quand il s’agit d’évoquer les béances américaines, la diversité des lieux compte.

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Reste qu’il est question de cette société toujours en craquement, et la série documentaire de Ted Passon, Yoni Brook et Nicole Salazar le fait d’une manière aussi originale que pointilleuse, en suivant les journées du District Attorney (disons, le procureur général) de la cité qui fut le berceau de l’indépendance américaine. Les auteurs sont partis d’un constat simple: depuis les années 2000, les Etats-Unis sont devenus le pays qui compte le plus grand nombre de personnes incarcérées en proportion à la population. Or, dans le pays, c’est Philadelphie qui affiche le taux le plus élevé.

Celui qui houspillait les policiers

En 2017, un candidat original est retenu pour la course au poste de District Attorney sous la bannière démocrate: Larry Krasner, un avocat actif depuis des décennies dans les droits civique. Un homme qui a attaqué plus de 70 fois la police de la ville pour des abus, ces forces de l’ordre avec lesquels il doit composer à chaque instant, puisqu’elles amènent à ses assistants les suspects qu’il vont attaquer en cour. Le bureau compte 600 employés au total. Pour ses opposants, et aux yeux de la puissante union des policiers, il est le diable, celui qui amènera «l’anarchie», comme lance une dame dans un micro-trottoir cité dans la série.

Larry Krasner commence aux premier jours de 2018. Il ne fait pas dans la dentelle: une trentaine de personnes sont licenciées. Le changement de «culture», le terme est omniprésent, doit se mettre en œuvre au plus vite. Il commence par s’attaquer aux procédures de libération sous caution, jugées injustes pour les plus démunis qui ne peuvent payer. Il veut aussi hausser les seuils d’interdiction de la marijuana pour desserrer la pression sur l’appareil judiciaire, il se fait alors vite attaquer pour cette forme de libéralisation cachée.

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Une précision dans le suivi

La docu-série montrée dans son pays par le réseau public PBS a quelques défauts liés à une certaine routine du genre, dans une mise en scène identique de divers moments, dont les innombrables séances d’équipes. D’autant que l’entreprise est copieuse , avec ses huit épisodes d’une heure. Cela lui permet de traiter aussi les difficultés du réformateur, ainsi quand il redit son opposition à la peine de mort face à la personne condamnée pour l'assassinat d'un policier noir – il se trouve alors en porte-à-faux avec une partie de la communauté qui l'a élu. 

Grâce à sa précision, la série plonge avec brio dans les douleurs sociales et communautaires du pays, par ce bais institutionnel de la justice, dans un pays où le droit prime parfois sur la politique. Alors que les grands discours se tiennent durant les débats électoraux des politiciens, c’est au long de ces réunions de «politique», de définition des nouveaux critères judiciaires et des nouvelles pratiques, qu’une grande partie de la nation se joue.


Philly D. A. Docu-série de huit épisodes de 55’. A voir par Visions du réel jusqu’à mardi.