ART

Le philosophe René Berger est mort

Ses proches l’ont annoncé aujourd’hui: le philosophe, historien d’art et sémiologue vaudois René Berger , de réputation internationale, est mort jeudi dernier à 94 ans. Il était aussi un utilisateur précoce des nouvelles technologies.

Esprit original, avant tout curieux de l’avenir, le professeur René Berger vient de décéder dans sa 94e année. A ce Lausannois, titres et honneurs n’ont pas manqué: docteur ès lettres de la Sorbonne, docteur honoris causa de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, professeur honoraire de l’Université de Lausanne et de l’Ecole des beaux-arts; directeur-conservateur du Musée des beaux-arts (1962-1981), fondateur du mouvement culturel Pour l’art et du Salon international de Galeries-Pilotes, président d’honneur de l’Association internationale des critiques d’art (AICA) et de l’Association internationale pour la vidéo dans les arts et la culture (AIVAC), membre du «Kuratorium du Zentrum fur Kunst und Medientechnologie» (Karlsruhe)… A cette liste non exhaustive, on comprend l’importance de celui qui vient de disparaître et la fertilité intellectuelle qui fut sa marque tout au long de sa vie et jusqu’à son dernier souffle.

Eclaireur hors pair, il commence sa carrière d’enseignant à l’Ecole supérieure de commerce de Lausanne où ses cours sur l’art font date. Il inaugure une approche critique, fondée sur l’analyse de l’évolution des moyens de communication, qu’il développe ensuite dans d’abondantes publications, dans son enseignement universitaire et ses recherches sur l’esthétique et les mass media. Très rapidement, il exploite les supports nouveaux: émissions de télévision et vidéocassettes.

A la tête du Musée cantonal des beaux arts, il insuffle à cette institution une vitalité, une brillance qu’elle peine à retrouver depuis. Il fonde le Salon international des Galeries-Pilotes et place Lausanne à l’avant-garde en accueillant à trois reprises, en 1963, 1966 et 1970, les galeries et les artistes les plus pointus du moment. Défricheur de méthodes, découvreur d’outils inédits, René Berger explore parmi les premiers les médias électroniques et s’embarque avec délices dans les aventures du Web. Sur ces nouveaux univers et sur les perspectives qu’ils ouvrent à la connaissance et l’expression, il écrira d’abondance. La liste vertigineuse de ses publications sur papier ou cybernétiques donne la mesure de la curiosité infatigable de ce chercheur et celle de l’immense travail d’exploration et de divulgation accompli.

Aucun titre cependant n’a été plus précieux à cet homme du futur que celui de président de la Fondation Jacques-Edouard Berger, du nom de son fils, historien de l’art, prématurément décédé. Transformant sa douleur en projet, René Berger en a fait beaucoup plus que la dépositaire électronique d’une mémoire, mais un lieu foisonnant d’information sur l’art.

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