Deux photos, prises séparément, se font face sur une double page: à gauche, une femme, le corps cerné par les parois de la cabine où elle se tient. On reconnaît la cocarde des transports londoniens sur la calotte qui coiffe sa tête. Elle tient une pince à poinçonner les billets dans sa main. Elle est Noire. Accoudée contre un mur, elle a le front plissé et la bouche marquée par un rictus las. Ses yeux absents glissent vers l’image voisine. Sur la page de droite, un gorille bedonnant du Regent’s Park de Londres est assis dans sa cage. Au premier plan, les barreaux blancs de la geôle contrastent avec le cuir noir de sa peau. Le visage de profil, il semble vouloir se soustraire au regard des visiteurs.

Ce vis-à-vis entre une femme noire et un singe est au cœur d’une controverse qui ébranle la carrière de Martin Parr. Les photos ne sont pas de lui, mais tirées d’un livre de Gian Butturini dont il a signé la préface de sa réédition de 2017, presque cinquante ans après la date de parution originale, en 1969. Pourtant, en juillet 2020, les exemplaires de London était finalement retirés des ventes et promis à la destruction. Une décision prise conformément aux valeurs de tolérance, de respect mutuel et de coexistence pacifique revendiquées par l’éditeur, et sur demande de Martin Parr, accusé d’avoir participé à la circulation d’une juxtaposition raciste. Au même moment et pour les mêmes raisons, celui-ci annonçait sa démission du poste de directeur artistique du Bristol Photo Festival.