Karpathos: une île aux paysages sauvages dans le Dodécanèse, entre la Crète et Rhodes. Les villageois se sont munis des icônes, et se préparent à les transporter dans la vallée. Le cortège s'ébranle avec le pope à sa tête.

Nous sommes dans la deuxième semaine des célébrations de Pâques. Le pope s'arrête devant certaines chapelles pour célébrer leurs saints. L'après-midi, une grande messe est donnée au cimetière. Elle dure plusieurs heures. Le pope se rend ensuite dans le caveau qui contient les boîtes à ossements des villageois décédés. La procession reprend, fait une escale sur le parvis de l'église du village. Puis les festivités commencent, une fois les icônes mises à l'abri. Le repas a lieu dans la salle communale et la danse occupe la soirée et la nuit.

Les célébrations pascales ont conservé toute leur vivacité en Grèce. C'est que, pour les orthodoxes comme pour les autres branches de la famille chrétienne, Pâques est «la fête des fêtes». Elle signifie le passage vers une réalité nouvelle, la victoire de Jésus sur la mort. Chez les orthodoxes, l'année liturgique culmine d'ailleurs dans la Semaine sainte, qui commence le dimanche des Rameaux.

Les orthodoxes célèbrent la résurrection du Christ généralement une semaine plus tard que les catholiques et les protestants. Cette année, ils fêteront Pâques le dimanche 11 avril. Les premiers chrétiens célébraient Pâques en fonction de la Pâque juive, la Pessah, mais ils divergeaient quant à la fixation du jour de la fête. Le premier concile de Nicée, en 325, impose pour toute l'Eglise un même jour: le premier dimanche suivant la pleine lune de printemps.

Au XVIe siècle, le pape Grégoire XIII révisa le calendrier, car le décalage entre l'année civile et l'année solaire était de dix jours. Une commission de savants suggéra de faire suivre le jeudi 4 octobre 1582 par le vendredi 15 octobre. Dix jours du calendrier julien furent ainsi supprimés. Les orthodoxes ne l'entendirent pas de cette oreille. D'où le décalage des célébrations entre orthodoxes d'une part, catholiques et protestants d'autre part.

Une date commune en 2001?

Les Eglises souhaitent toutefois trouver un accord sur une date commune. Il y a deux ans, lors d'une rencontre œcuménique à Alep en Syrie, des propositions ont été faites pour abolir les différences sur la date de Pâques d'ici au XXIe siècle. Les participants ont suggéré que l'année 2001 serait idéale pour se mettre au diapason. En effet, le 15 avril de cette année-là sera précisément la date de Pâques selon les deux méthodes de calcul. Les catholiques encouragent un calendrier fixe. Mais certaines Eglises orthodoxes, notamment celle de Russie, ne montrent pas un enthousiasme débordant face à cette idée.

Dans le judaïsme, la Pâque – la Pessah, célébrée entre le 15 et le 21 nissan (du 1er au 8 avril cette année), est également une fête importante. Elle commémore la naissance du peuple qui sort de ses longues années d'esclavage en Egypte, et donc la liberté. Elle dure sept jours en Israël, huit dans la diaspora. A cette occasion, parents et enfants parlent de l'histoire de leur pays. Le père de famille explique à sa progéniture les persécutions subies en Egypte et l'alliance conclue entre Dieu et Israël.

Reportage photos: Christian Lutz