La photo suisse s’invite à Arles

Festival Nicolas Bideau ouvre un lieu aux Rencontres

Le lieu aurait pu s’appeler le septante-sept ou le huitante-trois, pour rester dans l’autodérision helvétique. Mais Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, a préféré éviter toute référence directe aux départements français. Et puis «Nonante-neuf», c’est un nombre qui sonne bien. Ce sera le nom de la «Maison suisse» de la photographie inaugurée le 6 juillet aux Rencontres d’Arles: une marque déposée pour évoquer un lieu à forte concentration helvétique, en partie financée par Présence Suisse.

Sous la marquise du Magasin électrique, dans les anciens ateliers SNCF, devenu lieu d’exposition du festival de photographie, le Nonante-neuf sera une sorte de «bar-lounge-bibliothèque» – selon les mots de Sam Stourdzé, directeur des Rencontres – qui abritera signatures de livres, rencontres, débats, networking, lancements et autres soirées privées. «Nous allons aménager cet espace de 500 m2 pour qu’il offre une vitrine à la Suisse de la photographie, en nous appuyant notamment sur les artistes suisses présents au festival. Une bibliothèque de 5 mètres de haut permettra de mettre en avant des livres, des portfolios, des catalogues. Un grand espace de rencontres, dont la programmation sera décidée avec Cosmos Arles Books (jusque-là dans le off), attirera, nous l’espérons beaucoup de visiteurs. Le bar, enfin, proposera quelques vins et spécialités suisses», énumère Nicolas Bideau.

Une scène globale

Des discussions sont en cours pour intégrer l’Etat de Vaud et son pôle muséal, la Fotostiftung de Winterthour ou encore le festival Images dans cette plateforme dont l’existence est validée pour les trois prochaines éditions. «Nous ne défendons pas le principe d’un pays invité, explique Sam Stourdzé, ancien directeur du Musée de l’Elysée, à Lausanne, mais il y a une forte présence suisse cette année, entre le projet de la LP Company, l’exposition Las Vegas Studio, produite par le Museum im Bellpark de Kriens, Duck, celle d’Olivier Cablat, coproduite par le festival Images, des présentations de l’Elysée, de la HEAD ou de l’ECAL, des éditeurs et des experts invités. Ce lieu est une manière de rappeler que la globalité d’une scène intéresse au-delà de la qualité des seuls artistes. La photographie est extrêmement vivante en Suisse et il se trouve que je suis au courant!»

Pour Présence Suisse, il s’agit en effet de marquer ce dynamisme au-delà des frontières. «La photographie est un choix de politique étrangère culturelle. Il existe peu d’arts qui s’exportent aussi facilement, peu de médias qui permettent une communication aussi aisée, commente Nicolas Bideau. Nous avons des noms reconnus à l’international comme Burri, une formidable relève et des institutions pour la porter. La Suisse est trop peu perçue pour sa culture à l’étranger. Les Rencontres attirent 100 000 personnes l’été; ces gens auront une vision de notre pays autre que celle des banques, chocolats et fromages.» A moins que le Nonante-neuf ne se spécialise dans les fondues moitié-moitié et les Malakoffs.