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Photos volées dans l’Amsterdam occupé

Durant la Seconde Guerre mondiale, Cas Oorthuys a documenté le dur quotidien dans la capitale néerlandaise

Une autre manière de résister. Durant la Seconde guerre mondiale, le néerlandais Cas Oorthuys, voisin d’Anne Franck, appartient au groupe des Ondergedoken Camera, les «caméras clandestines», vouées à photographier la vie sous l’occupation allemande. Une trentaine de ses images sont à découvrir à l’espace Kobler, à Chêne-Bourg.

Mordre le quignon de pain

Sur le flyer de l’exposition, on le voit le Rolleiflex planqué sous le manteau. Les clichés sont volés à la Wehrmacht; ils dénoncent la rudesse du quotidien à Amsterdam.

C’est une main cousant une étoile jaune, un gosse aux yeux lumineux perdu sous une grosse capuche de laine, un autre au pied du lit de sa mère malade, dans ce qui ressemble à un taudis. Dans la rue, ce sont des gens embarquant tous les morceaux de bois qu’ils trouvent, y compris les poutrelles des rails du tram, pour gagner un peu de chauffage. Les maisons des familles juives déportées réduites en tas de brique car on y a récupéré tout ce qui pouvait servir. Une femme mordant dans un quignon de pain, une autre tirant une poussette à travers la campagne pour aller échanger quelques maigres affaires contre des kilos de pommes de terre. Le marché noir sur le trottoir; dérisoires petites boîtes de rien du tout ouvertes à la promesse de quelques pièces. Des corps décharnés qui attendent leurs cercueils. D’autres qui hésitent à mourir. Une multitude en haillons.

Plusieurs images sont prises depuis la hauteur d’une fenêtre. A la fin de la guerre, le reporter s’enhardit, photographiant une cache de la résistance.

500'000 négatifs

Après le conflit, Cas Oorthuys a publié de nombreux ouvrages, de voyage notamment. Il est décédé en 1975, à l’âge de 68 ans, laissant derrière lui quelque 500'000 négatifs. «J’aurais pu choisir une autre thématique, d’autant que les scans ne sont pas d’excellente qualité, mais ces images entrent fortement en résonance avec l’actualité, et il y a un devoir de mémoire», note Cyril Kobler.


Cas Oorthuys, du 8 au 30 novembre à l’espace Kobler, à Genève. Conférence donnée par le fils du photographe le 11 novembre à 19h.

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