Alexey Tegin, ancienne figure de la scène industrielle de Moscou, s’est pris de passion au début des années 2000 pour le Bön, du nom de cette tradition tibétaine prébouddhiste. Il a décidé d’en faire un objet musical particulièrement inattendu: Phurpa. Ensemble à géométrie variable, Phurpa use d’un chant diphonique que l’on pourrait imaginer habituel, vu d’ici, pour la région et sa culture, mais dans une version que l’on qualifiera à la fois de plus fruste et de plus grave: le style de vocalisation ici retenu (le rgyud skad) possède un grain grossier, râpeux, soutenu par un usage instrumental minimaliste – quelques sombres coups de gna, un tambour profond, et c’est à peu près tout.

Pour être tout à fait franc et historiquement à côté de nos pompes, la première impression que Phurpa nous a faite était celle d’un gang moscovite qui se serait soumis à un dérèglement raisonné de tous les sens en s’arsouillant à la vodka radioactive. Mais s’il faut admettre qu’il s’extrait de ce chaudron quelque chose qui apparaît à nos yeux comme l’envers d’un Tibet solaire et l’inverse du bodhi (l’éveil spirituel), il est en même temps indéniable que ces plongées vocales possèdent un satané pouvoir d’attraction – Stephen O’Malley, patron de Sunn O))) et de tout le panthéon du drone, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en publiant l’un des disques du collectif, «Trowo Phurnag Ceremony», sur son label maison, Ideologic Organ, en 2008.

Phurpa, dans le cadre du LUFF. Je 20 octobre à 22h30. Salle des Fêtes de Montbenon, allée Ernest-Ansermet 3, Lausanne. Rens. www.luff.ch

Phurpa sera également présent ce lundi 17 octobre à Zurich dans le cadre du festival Atonal, ainsi que le mardi 18 au Bad Bonn de Düdingen.