Propulsé à la fin des années 1990 comme super-virtuose du piano, Arcadi Volodos a compris qu’il partait droit dans le mur en cumulant les concerts aux quatre coins du globe. En 2003, il prenait la décision radicale de réduire considérablement le nombre de ses apparitions. Il ne donne plus que 40 récitals par an, d’où le privilège de pouvoir l’entendre à Lausanne et Genève.

Samedi soir sur la scène de l’Opéra de Lausanne, il jouait Schubert et Schumann. Assis sur une chaise, éclairé d’une lumière diffuse provenant du plafond, le restant de salle étant plongé dans la pénombre, il a fait montre de sa grande virtuosité entièrement mise au service de la musique. Pas une note qui ne soit investie d’une intention musicale pour communiquer toute une palette d’émotions, du plus fougueux au plus intimiste.

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Envolées de notes prodigieuses

Le pianiste russe développe un jeu très structuré dans la Sonate en ré majeur D 850 de Schubert. Il scande les rythmes – à la manière d’un orchestre – dans le premier mouvement et met en lumière le caractère plus dansant et populaire du second thème. Il ponctue le discours de quelques silences pour marquer les césures. Il maîtrise le développement aux envolées de notes prodigieuses, économe dans l’usage de la pédale, les mains dévalant le clavier jusqu’aux deux extrémités.

Arcadi Volodos développe des trésors de sonorités dans le merveilleux mouvement lent. Il déploie toute une palette de couleurs, tour à tour ouatées, irisées, veloutées. Par moments, on croirait entendre des voix célestes tellement les timbres sont feutrés. Le Scherzo se distingue par ses appuis marqués, avant le Rondo au ton badin, truffé d’épisodes aux tournures mélodiques typiquement viennoises. Dans les dernières pages, il fait décoller littéralement le thème principal dans les sphères, usant d’un rubato pour souligner les frottements harmoniques.

Voix intérieures

Après l’entracte, ce maître du clavier aborde les Scènes d’enfants de Schumann. Dans ces miniatures si délicates, il fait ressortir les voix intérieures. Il timbre de manière très personnelle la mélodie dans la première pièce (Gens et pays étrangers). Il veille à ne pas cogner les octaves dans Un Evénement important. Il matérialise des sonorités d’un autre monde dans la fameuse Rêverie, et ose prendre son temps là où d’autres jouent plus vite.

A peine a-t-il posé la dernière note des Scènes d’enfants (Le poète parle) qu’il enchaîne sans interruption avec le début de la Fantaisie opus 17 de Schumann. Et là, c’est un torrent de passion, fabuleusement maîtrisé. La sonorité est puissante, imposante (avec des octaves rajoutées dans les basses), mais jamais dure. Il maîtrise la grande arche tout en faisant ressortir les détails. Le deuxième mouvement est scandé sur le mode d’une marche. Le mouvement final, si poétique et truffé de sonorités chatoyantes, est d’essence plus spirituelle.

Très applaudi, Arcadi Volodos a régalé le public de trois bis, dont le très poétique El lago de Federico Mompou. A nouveau, on y savoure sa science des plans sonores. Un récital de haute tenue à revivre ce lundi au Victoria Hall.


Victoria Hall, Genève, le lundi 6 décembre à 20h.