Il est Américain, il voit grand. Chez lui, à Philadelphie, George Crumb a un grand panneau accroché au mur sur lequel il aligne des notes de musique. Ses œuvres font écho à l'histoire, aux catastrophes humaines (la guerre du Vietnam), mais aussi à l'astrologie. Chaque note a une signification qui la relie au cosmos. D'où le titre Makrokosmos, pour désigner quatre recueils de pièces pour piano. Peter Degenhardt jouera Makrokosmos II (1973), cet après-midi au Festival Archipel de Genève, et le Quatuor Smith défendra Black Angels, jeudi.

Né à Charleston (en Virginie) le 24 octobre 1929, George Crumb n'a jamais cessé d'élargir le potentiel sonore de tout instrument. «Dans Makrokosmos I et II, le pianiste n'est pas seulement assis, explique Peter Degenhardt. Il doit se lever et se pencher pour gratter des cordes à l'intérieur du piano, il utilise des verres en cristal pour créer des harmoniques. Il a un rapport semblable à celui d'un violoncelliste qui tient l'instrument tout près de son corps.» A cela s'ajoute une chorégraphie de mots murmurés, de sifflements et de cris, au risque de paraître ridicule sur scène: «Il faut du temps pour intérioriser ces gestes. Dans l'une des pièces (Agnus Dei), le pianiste murmure les mots: «Dona nobis pacem». Dans une autre, il hurle Christe!»

Ce cri symbolise la crucifixion du Christ. La partition ressemble à une croix, George Crumb va jusqu'à reproduire par le dessin la portée symbolique de ses œuvres. «La huitième pièce de Makrokosmos I est un cercle, que le pianiste arpente trois fois. L'effet est celui d'une horloge céleste dont la mécanique est impeccablement réglée. Une métaphore pour l'éternité.» Les partitions de George Crumb sont des œuvres d'art qui s'adressent autant à l'œil qu'à l'oreille.

Mais elles peuvent aussi contenir un message politique. Black Angels porte l'empreinte de la guerre du Vietnam. Daté d'un vendredi 13 – le vendredi 13 mars 1970 –, ce quatuor regorge d'effets sonores qui, au-delà de leur caractère spectaculaire, renvoient à l'atrocité des combats. Les instruments sont amplifiés électroniquement, les musiciens agitent avec frénésie des maracas, miment des chants primitifs, poussent des cris. Mais au-delà de ce voyage en enfer, George Crumb décrit celui d'une âme expulsée du Paradis – les anges noirs –, vidée de toute spiritualité et qui enfin, accède à la rédemption. La musique de George Crumb n'est qu'un appel à la vie qu'il masque par une technique ahurissante.

 

Peter Degenhardt joue «Makrokosmos II» me 28 mars à 17h, lors du Festival Archipel. Le Quatuor Smith interprète «Black Angels», je 29 mars à 20h30, à la Salle Ernest-Ansermet de la Radio de Genève.

Loc. 022/329 24 22.