Béla Siki, pianiste suisse d’origine hongroise avait vécu deux décennies à Genève avant de partir pour les Etats-Unis. Il est décédé à Seattle à l’âge de 97 ans. A trois ans seulement de son centenaire, le musicien s’est éteint après avoir affronté tardivement la maladie d’Alzheimer. Sa carrière internationale de soliste et d’enseignant a connu aux Etats-Unis, où il était parti s’installer en 1965, une ampleur qui a marqué plusieurs générations.

Ses nombreux élèves et son public fidèle l’ont suivi pendant sa longue carrière. Sa célébrité était à l’image de l’homme: discrète et inaltérable. Béla Siki était issu d’une tradition musicale à l’esthétique ancrée dans la profondeur du sens et de l’émotion. Son jeu était sobre et sensible, mais aussi charnel, enraciné au fond des touches. La virtuosité spectaculaire et la pyrotechnie digitale ne l’intéressaient pas. C’est l’essence des œuvres qui l’animait, et la transmission du message et de l’esprit des compositeurs.

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Né à Budapest le 21 février 1923, il y étudie à l’Académie de musique Franz-Liszt auprès notamment de Leo Weiner et Ernst von Dohnanyi. Il gardera de ses maîtres, et de ses proches collègues musiciens, une tradition musicale dont Bartok, qui porte le même prénom, est une des icônes nationales. Lorsqu’il arrive en Suisse en 1947, le jeune Béla Siki étudie avec Dinu Lipatti au Conservatoire de Genève. Avec les années, il devient un des amis proches du grand interprète roumain et de son épouse Madeleine.

Activité régulière et intense

Après avoir été lauréat du Concours de Genève en 1958, il se lance dans une carrière de soliste international avec les plus grands orchestres et les chefs les plus réputés. Béla Siki part s’installer à Seattle en 1965. Il y enseigne à l’Université de Washington. Les enregistrements qu’il a réalisés témoignent de son activité régulière et intense. Quant à sa renommée d’artiste et de professeur, elle dépassait largement les frontières américaines. Il a donné des master class partout et participé à des jurys de concours de piano, dont ceux de Leeds, Genève ou Bolzano.

Sa fille, la journaliste Muriel Siki, conserve de son père des souvenirs heureux. «Il était très attentif à sa famille malgré sa carrière qui l’éloignait beaucoup de nous. A la maison, quand il allait travailler, nous allions jouer sous le piano avec mon frère pour rester avec lui. Il était tellement concentré que ça ne le dérangeait pas», raconte la femme de télévision. Les enfants et l’épouse du musicien s’étaient habitués à ses longues absences. «Quand il revenait, c’était la fête. Il ramenait des souvenirs, des cadeaux et des histoires qui nous enchantaient.» Le caractère de l’homme, Muriel Siki en garde une mémoire vive et tendre. «C’était un être chaleureux, très doux et solaire. Exigeant aussi, et pugnace. Il a continué à jouer très tard, et a décidé d’arrêter à 85 ans pour qu’on ne dise pas de lui qu’il jouait encore bien pour son âge».

Quand l’oubli est venu, sur les dernières années, la seule mémoire qui lui restait était celle de la musique. «C’est la dernière chose qui est partie, révèle Muriel Siki. Il travaillait le piano tous les jours jusqu’à ses 92 ans. Et aimait regarder les partitions. J’imagine qu’il entendait la musique.»