classique

Le piano d’un architecte

Le pianiste allemand Peter Rösel a dominé les «Première» et «Troisième Sonates» de Brahms, vendredi soir, au festival «Aimez-vous Brahms?». Un récital donné à l’Hôtel Righi vaudois de Glion, ouvert exceptionnellement pour l’occasion.

C’est dans un décor somptueux que le pianiste allemand Peter Rösel a donné un récital, vendredi soir, à l’Hôtel Righi vaudois de Glion. Imaginez une salle de bal, aux grandes baies vitrées, avec vue imprenable sur le lac Léman et le Grammont. On a sorti les chaises (d’époque!) et installé un piano sur l’estrade pour que la musique de Brahms résonne en ce lieu imprégné d’histoire.

Peter Rösel faisait partie des artistes conviés par Christophe Schenk et le Quatuor Sine Nomine pour animer un festival dédié à Brahms. Fermé et inoccupé depuis une quinzaine d’années, l’Hôtel Righi vaudois, joyau de la Belle Epoque, a donc ouvert exceptionnellement ses portes le temps d’une série de concerts intitulée Aimez-vous Brahms? Un décor destiné à ressusciter le climat atmosphérique des lieux de villégiature où Brahms aimait passer les étés pour composer loin de l’agitation de la vie urbaine.

Devant un public attentif, Peter Rösel, l’air sévère, les lèvres légèrement plissées vers le bas, attaque l’«Allegro» de la 1re Sonate en ut majeur. Le geste est franc, le son dense et orchestral, hélas un peu clinquant et dur dans l’aigu – est-ce le Steinway mis à disposition? Il est à son meilleur dans le mouvement lent, qu’il joue avec noblesse et éloquence. Après un «Scherzo» fougueux, il domine l’écriture très virtuose du «Finale», mais son jeu reste passablement prévisible, sans surprise. Peter Rösel n’est pas un coloriste ni un émotionnel: son piano est celui d’un architecte.

Le voici qui sculpte de grandes lignes étales dans les Intermezzi de l’Opus 117. A nouveau, ici ou là, on souhaiterait plus de couleurs, mais la plénitude du son, magnifiquement timbré, en fait une belle interprétation. Après l’entracte, Peter Rösel empoigne la colossale 3e Sonate en fa mineur . Son geste léonin doublé d’une grande ri­gueur architecturale confère à l’œuvre sa majesté. Le pianiste allemand s’autorise quelques rubati dans le mouvement lent, sobre et expressif. Le «Scherzo» est vigoureux, alors que l’«Intermezzo» (le quatrième mouvement), un peu neutre, pourrait être plus tendu émotionnellement. Le jeu de Peter Rösel reste un peu trop littéral parfois, mais sa sincérité n’est jamais mise en doute.

Chaleureusement applaudi, le pianiste allemand offre en bis une incandescente 2e Rhapsodie de l’ Opus 79 (toute la partie centrale aux sonorités lugubres est admirable). Il s’autorise un sourire avec une Valse de l’ Opus 39 pour donner congé au public sur une note plus aimable et détendue.

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