Piano limpide et cristallin

Jean-Yves Thibaudet a joué le «Concerto en sol» de Ravel jeudi soir à Saanen, lors du concert d’ouverture du Gstaad Menuhin Festival

Jean-Yves Thibaudet est un épicurien. Il aime le piano, l’opéra et les voitures de sport. Arrivé dans une Ferrari rutilante au Gstaad Menuhin Festival, le pianiste lyonnais jouait le célèbre Concerto en sol de Ravel jeudi soir au concert d’ouverture à l’église de Saanen. L’œuvre est l’un de ses chevaux de bataille appris à l’âge de 11 ans auprès de la pédagogue Lucette Descaves dont il vante les mérites.

Les qualités de Jean-Yves Thibaudet? Un jeu d’une grande transparence, un toucher cristallin. Ce qui lui manque parfois, c’est une certaine profondeur là où l’on aimerait qu’il creuse davantage l’essence des partitions. A titre d’exemple, il joue en bis l’Intermezzo opus 118 No 2 de Brahms (après le Concerto de Ravel) avec une belle limpidité. Les sonorités qu’il tire du piano sont magnifiquement pures et équilibrées, mais il manque cette once de mélancolie sourde qui est au cœur des dernières œuvres de Brahms.

Plateau un peu étroit

Le Concerto en sol de Ravel, qu’il interprétait avec le chef Umberto Benedetti Michelangeli (neveu du célèbre pianiste Arturo Benedetti Michelangeli) et l’Orchestre de chambre de Bâle, se distingue par son brillant. La virtuosité est là, dès la première note, dans un dialogue serré avec l’accompagnement instrumental. Mais l’on note quelques imprécisions et raideurs du côté des cuivres et des bois en particulier. D’une part, ce n’est pas le répertoire habituel de l’Orchestre de chambre de Bâle. D’autre part, l’église de Saanen – au plateau étroit, tout en longueur – n’est pas idéale pour y recevoir tout un orchestre dans un concerto du début du XXe siècle.

Certains musiciens sont dissimulés derrière le piano situé à l’avant-scène, d’où un déséquilibre dans le rapport entre le soliste et l’orchestre. Mais Jean-Yves Thibaudet veille à être en synchronisation avec l’orchestre. Les musiciens réservent quelques beaux moments dans le sublime mouvement lent, dont toute la deuxième partie (avec le thème repris au cor anglais) est émouvante. Le finale virevolte et bondit, même si l’on y sent encore quelques raideurs.

Personnage sanguin et un peu nerveux, Umberto Benedetti Michelangeli a donné son meilleur dans la Symphonie «La Surprise» de Haydn jouée en deuxième partie. Ici, l’Orchestre de chambre de Bâle est parfaitement dans son élément. Les aspérités et les sonorités taillées à la serpe rappellent l’esthétique d’Harnoncourt. Cette rudesse suggère l’inspiration champêtre chez Haydn. Si le «Menuet» paraît un peu trop lourd et appuyé, le finale est plein de vitalité. La pièce pour cordes seules de Respighi offerte en bis (tirée des Danses et airs anciens pour luth orchestrés par le compositeur) achève d’emballer le public.