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Madeleine Madden (Marion), Lily Sullivan (Miranda) , Samara Weaving (Irma) et Ruby Rees (Edith).
© FREMANTLEMEDIA

série TV

«Picnic at Hanging Rock», dramatique déjeuner sur l’herbe en Australie

Montrée dès lundi par Canal +, «Picnic at hanging Rock», avec Natalie Dormer, reprend un roman fameux, sur la disparition de jeunes femmes. Une mini-série décevante, mais la comparaison avec le film de Peter Weir est intéressante

Ce roman reste une perle australienne, une perle noire, un mystère qui n’aura jamais de solution. Publié en 1967 par la romancière et peintre Joan Lindsay (1896-1984), Pique-nique à Hanging Rock, roman qui l’a rendue célèbre, demeure une œuvre hors catégorie lorsqu’on la découvre aujourd’hui.

Le roman: tant de mystères

Dans l’étouffante campagne australienne, la veuve Appleyard exploite un internat féminin qui porte son nom. Le jour de la Saint-Valentin 1900, les élèves des grandes classes ont le droit de faire une sortie pour un pique-nique au pied d’une des montagnes fétiches du pays, criblée de vallons de pierre et de grottes. Après le déjeuner, quatre jeunes femmes vont faire une marche. L’une d’elle reviendra, affolée. Les trois autres, ainsi qu’une professeure, disparaissent.

Et c’est tout, ou presque. Il y aura des suites à cet après-midi, une bonne nouvelle, des rebonds, mais la toujours troublante particularité de Pique-nique à Hanging Rock est de rester sur son vide initial, sur cette suspension au-dessus de l’abîme.

Le film: l’événement traumatisant

En 1975, Peter Weir (qui réalisera notamment Le cercle des poètes disparus) adapte le roman; c’est un triomphe dans le pays et au-delà. Le film se révèle fidèle au roman, quoiqu’il exécute la fin de manière express – certes en suivant Joan Linsay et son ultime drame. Il met l’accent, à l’image avec un certain onirisme nimbé de la flûte de Pan de Gheorghe Zamfir, sur le pique-nique lui-même, puis cette escapade dans les rochers.

Les scènes flottent dans un doux érotisme façon années 1970. Surtout, Peter Weir choisit d’insister sur l’événement de ce dramatique 14 février 1900.

Un bref hommage au film en 2016: Ecran total. Pique-nique à Hanging Rock

La série: remplir les vides

Et voici la mini-série créée et écrite par Beatrix Christian et Alice Addison, avec Natalie Dormer (Game of Thrones) en vedette. Canal + la dévoile ce lundi. Projet original que de retourner à Joan Lindsay, d’autant que l’Australie arrive peu à peu sur la scène mondiale des séries – Mystery Road, une fiction policière à vastes paysages et gros budget, fraie son chemin dans les festivals.

En 2013, à propos de la série «The Slap»: Une gifle télévisuelle venue d’Australie

Premier constat, les auteures font un choix inverse du cinéaste de The Truman Show. Le pique-nique lui-même occupe le premier épisode, il revient ensuite en flash-back, mais il n’a pas cette dramatique centralité que lui accordaient le film et le roman (à sa manière). Les premiers temps de Picnic at Hanging Rock sont marqués par la figure de la veuve et patronne d’internat. Natalie Dormer est trop jeune pour le rôle, mais elle s’applique à incarner le personnage avec toute l’aridité nécessaire. Elle convainc en Cruella à corset, moins quand elle déambule dans des fêtes avec des petites lunettes de soleil qui donnent au personnage un air de superhéroïne steampunk.

Les trois principales jeunes femmes, incarnées par Lily Sullivan, Samara Weaving et Madeleine Madden, paraissent plus crédibles. Elles excellent dans les chuchotements lourds de secrets et d’émois, dans les confessions murmurées et les affrontements en meute féminine.

Les scénaristes ont cru bon vouloir creuser leurs relations, jusqu’à les érotiser. Et c’est là, sur ce point comme d’autres, que la mini-série se répand avec trop de détails. Idem à propos de Mme Appleyard, à qui on veut ajouter de douteuses aventures avec son défunt mari à Londres, avant de quitter la capitale de l’empire.

Pour une fois, une série, fût-elle en six épisodes, souffre de sa propre durée. Le choix du feuilleton TV contraint à des tentatives d’enrichissement qui retirent à l’intrigante histoire initiale ce qui fait sa force: ses lacunes, ses allusions, ses hypothèses ni confirmées ni démenties. Picnic at Hanging Rock, la série, souffre d’une lourdeur nouvelle, qui ne se trouvait pas dans les précédentes versions de la tragédie d’Australie. La mouture 2018 a le mérite de relancer le mystère. A plus forte raison si on l’apprécie, elle vaut d’être comparée avec la matrice littéraire, et la première mise en images.

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