Festival

Au pied du barrage, du bon son

Avec quelque 1400 spectateurs, la cinquième et dernière Rocklette du PALP Festival 2018, organisée mercredi à Mauvoisin, a battu des records de fréquentation. Il faut dire que l’affiche, qui réunissait The Limiñanas et The Brian Jonestown Massacre, avait fière allure

Chemise et lunettes noires, barbe à la ZZ Top ou presque, il contemple les Alpes millénaires et le barrage de Mauvoisin. «C’était un moment vraiment unique», lâche Lionel Limiñana. Il n’aurait pu en être autrement. Quelques heures plus tôt, en ce mercredi d’Assomption, il a participé avec son groupe, The Limiñanas, à la cinquième et ultime Rocklette organisée dans le bucolique val de Bagnes par le PALP Festival.

Le concept est simple: des concerts en plein air et en journée, avec des artistes jouant à même le sol, au cœur d’une œuvre de land art de l’artiste américain Michael Heizer, et de la raclette, rien que de la raclette, en guise de ravitaillement. Sans oublier le fendant et autre petite arvine qui vont avec.

En fin de matinée, quelques dizaines de spectateurs auront eu le privilège de bruncher au sommet du barrage, un événement ayant rapidement affiché complet. Car le PALP, c’est un festival bon pour les oreilles et la tête, mais aussi pour les papilles. L’occasion de démarrer la journée par une balade en compagnie de Bertrand Deslarzes, chef du Service de la culture de la commune de Bagnes. Où l’on apprendra tout sur la débâcle glaciaire du Giétro, une catastrophe naturelle qui en 1818 coûta la vie à 36 personnes et qui fut la conséquence directe de la fameuse éruption volcanique du Tambora. Celle-ci, ayant eu lieu trois ans plus tôt, sera à l’origine de l’année sans été de 1816 en raison d’un nuage de cendres recouvrant l’entier de la Terre.

Après avoir emprunté la longue galerie souterraine utilisée comme voie de communication dans les années 1950, lors de la construction du barrage, on se retrouve à fouler cet imposant mur de béton. Alors que d’appétissants plateaux de produits du terroir voient les estomacs se manifester, les regards sont attirés par les photos grand format de l’artiste vaudois Julian Charrière.

An Invitation to Disappear est une série réalisée dans les plantations de palmiers à huile indonésiennes, avec en sous-texte, comme l’explique le commissaire Jean-Paul Felley, un message écologique: deux siècles après cette éruption qui a vu le monde plonger dans les ténèbres, l’Indonésie est le troisième plus gros producteur de gaz à effet de serre, après les Etats-Unis et la Chine. La faute aux forêts brûlées pour laisser place à la production d’huile de palme.

Alors que le brunch s’achève sous l’œil d’un drone autour duquel tournoient quelques oiseaux, The Brian Jonestown Massacre entame au pied du barrage ses balances. Mais sur les coups de 13h15, sous un soleil généreux qui marquera les épidermes, ce sont les Limiñanas qui ouvrent les feux de cette dernière Rocklette 2018. Lionel est à la guitare, sa femme Marie à la batterie. Autour d’eux, cinq musiciens. The Limiñanas pratique un rock garage qui, tout en empruntant au Velvet Underground sa mélodique noirceur, est capable d’envolées plus pop, voire de se frotter à une approche gainsbourienne de la chanson.

Une partie du public connaît déjà ce bien ce groupe actif depuis une dizaine d’années et bénéficiant enfin, après avoir d’abord séduit des labels américains, d’une vraie reconnaissance en Europe. On aperçoit Franz Treichler, qui avec ses Young Gods avait inauguré il y a deux ans le concept Rocklette, mais aussi deux membres des éminents Giant Robots, joyau du garage romand.

Le dernier album des Limiñanas, Shadow People, a été produit par Anton Newcombe, fondateur et leader au comportement parfois erratique du Brian Jonestown Massacre – voir l’excellent documentaire Dig!. L’Américain rejoint ses amis français sur un titre. Deux autres morceaux voient Marie et Lionel Limiñanas accueillir Emmanuelle Seigner. La comédienne et chanteuse est accompagnée de son mari, Roman Polanski, que l’abondance de décibels ne dérange visiblement guère. Le concert de The Brian Jonestown Massacre verra ensuite ce groupe ultra-prolifique puiser une vingtaine de titres dans son vaste répertoire, influencé autant par le rock psychédélique américain que par le mouvement shoegaze anglais – on pense parfois à My Bloody Valentine, Ride ou Spiritualized.

En fin de journée, lorsqu’on rencontre Lionel Limiñana, celui-ci est donc tout sourire. Il explique avoir été impressionné tant par le cadre alpin que par la réaction chaleureuse du public. Le groupe ayant passé une bonne partie de sa carrière à jouer dans des bars et petits clubs, se retrouver si proche des spectateurs, et à leur hauteur, n’avait rien d’intimidant. Lorsqu’on lui apprend qu’il se trouve dans une région qui a vu jadis les plaques terrestres européenne et africaine se séparer, il goûte plus encore à la magie du lieu.

Plus tard, les Limiñanas profiteront d’une seconde soirée bagnarde pour déguster une fondue. Sur la terrasse de l’hôtel de Mauvoisin, Anton Newcombe a quant à lui opté pour une bourguignonne un peu moins typique. Il a préféré s’isoler, avant de reprendre directement la route, visiblement déçu par un concert où son groupe n’était pas toujours à son affaire. Ce qui n’a en rien entaché la réussite de cette Rocklette qui aura attiré quelque 1400 personnes, un record.

Publicité