Pierre Amoyal, confessions d’un violoniste

Livre Le musicien se révèle lors d’entretiens

Qui dit Pierre Amoyal, pense au précieux violon Stradivarius (le «Kochanski») qu’il s’était fait voler en 1987 avant de le récupérer au terme d’une traque. L’incident a fait l’objet d’un livre, Pour l’amour d’un Stradivarius , paru en 2004 chez Robert Laffont. Voici un nouveau livre, sous forme d’entretiens, mené par le musicologue Antonin Scherrer.

On y apprend la vocation de Pierre Amoyal qui, très jeune, a montré des prédispositions pour le violon. La figure du grand Jascha Heifetz se détache en filigrane de ces conversations – d’où le titre Pierre Amoyal: dans la lumière de Heifetz . Le maître a accompagné le violoniste français dans son ascension, alors que celui-ci avait reçu l’accord de David Oïstrakh pour se perfectionner dès 17 ans à Moscou.

Pierre Amoyal (auréolé d’un 1er Prix au Conservatoire de Paris) raconte combien le choix fut difficile entre ces deux mentors. Pour se décider, il passe un après-midi à écouter les disques de Heifetz, puis les disques d’Oïstrakh, hypnotisé par le jeu (inexplicable!) du premier. Mais c’est David Oïstrakh qui aura le dernier mot en lui conseillant, au bout du fil à Moscou, de se rendre à Los Angeles, parce que des leçons avec Heifetz, ça ne se refuse pas.

L’intransigeance de Heifetz, mêlée à son grand professionnalisme, forme le caractère d’Amoyal. L’élève se heurtera à une rupture avec le maître lorsqu’il acceptera de jouer le Concerto de Berg sous la direction du vieux Karajan, alors que Heifetz (encore marqué par la Shoah) avait exigé une promesse de ne jamais le faire. Les premiers concerts et premiers disques pour la firme Erato, l’évocation des grands chefs du passé, Pierre Amoyal devenu pédagogue à son tour, sont abordés au fil de ces conversations sur un ton détendu, quoique un peu décousues parfois! On trouvera des considérations sur la pédagogie (en particulier à la HEM de Lausanne) et sur le monde des concours. Un livre à la fois instructif et divertissant, qui n’a pas la prétention d’être une somme.