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Pierre Cailler, l’éditeur ambitieux et modeste

Une exposition à Pully (VD), en 1987

« […] Pierre Cailler est un Genevois, il a suivi une formation commerciale dans cette ville avant d’exercer sa première activité professionnelle dans une agence de voyages. Il peut ainsi parcourir l’Europe à sa guise, mais c’est la Grèce qui l’attire et le fascine, il va vivre huit années dans ce pays, où il rencontre celle qui devient son épouse, d’origine arménienne. Au début des années 1930, il retourne en Suisse et travaille à Lausanne comme mandataire commercial d’une banque de la place. Sa passion pour les livres ne peut encore s’exprimer, pourtant il édite un premier ouvrage dans le cadre des amitiés gréco-suisses dont il est un membre très actif.

La guerre va l’amener à franchir un pas décisif, nombreux sont les artistes qui rentrent au pays, parmi eux se trouve également l’un des plus grands éditeurs de ce siècle: Albert Skira. Pierre Cailler l’accueille et collabore avec lui pendant quelques années. Bientôt chacun reprend sa liberté et Pierre Cailler fonde sa propre maison d’édition. Il se fait connaître en publiant ou en rééditant des textes d’artistes, l’un des premiers sera le traité de Liotard. Il publie également les écrits de Rodolphe Töpffer. Son activité d’éditeur de livres prend de l’ampleur, mais il ne tarde pas à développer une idée nouvelle: l’édition d’estampes. Il crée la «Guilde internationale de la gravure», sous ce sigle près de huit cents estampes seront éditées de 1950 à 1971. Sans doute inspiré par le succès remporté par la Guilde du livre d’Albert Mermoud, il offre aux amateurs la possibilité d’acquérir régulièrement et pour une somme très modeste, une estampe originale d’un artiste vivant. Des artistes suisses et français en premier lieu, mais aussi des Italiens, des Allemands, des Mexicains, car Pierre Cailler veut que cette Guilde soit internationale et qu’elle forme en quelque sorte des archives vivantes de l’art contemporain. […]

Dans un premier temps, Pierre Cailler a fait imprimer ses estampes à Paris, puis il a créé son propre atelier à Renens et ensuite à Pully à la rue des Deux-Ponts. Récupérant des presses lithographiques, faisant venir une presse taille-douce de Paris, cet atelier connaît un essor important. Il est animé par Pietro Sarto avant que ce dernier ne crée son propre atelier à Villette, puis à Saint-Prex. L’initiative de Pierre Cailler a certainement joué un rôle considérable dans le développement de l’estampe dans notre région.

Pierre Cailler avait une conception originale de l’activité éditoriale, il se considérait en quelque sorte comme un archiviste, un documentaliste de l’art de son temps. L’estampe permettait aux amateurs de jouir pour un prix très modique d’une œuvre originale et les publications apportaient témoignages, textes et documents sur l’art contemporain. […]

En janvier 1952, il écrivait: «Nous défendons toujours davantage […] [la production de] documents sans prendre autrement position dans le conflit actuel de la peinture. Nous ne voulons pas nous ériger en juges infaillibles. Nous sommes des éditeurs qui produisent le plus grand nombre possible de documents.» Pour compléter cette activité, Pierre Cailler publie plusieurs catalogues raisonnés, en particulier celui de l’œuvre gravé de Dunoyer de Segonzac.

L’exposition de Pully permet aux visiteurs de considérer et d’apprécier l’activité de cet éditeur, de mesurer son ambition étonnante et en même temps sa modestie, car il se considérait comme un simple intermédiaire entre l’artiste et le public. […] »

« Il se considérait en quelque sorte comme un archiviste, un documentaliste de l’art de son temps »

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