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Pierre Etaix.
© AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Disparition

Pierre Etaix, un papillon s’est envolé

Il avait créé une école de cirque, travaillé avec Jacques Tati, réalisé cinq films dont le merveilleux «Yoyo». Cette aimable figure lunaire vient de s’éteindre

C’était un papillon posé sur l’échine de ce mastodonte qu’est le cinéma. Pas même: un rayon de lune… Pierre Etaix appartenait à cette classe rare d’artistes susceptibles de transcender la réalité du monde, de distiller la poésie de l’instant, de perpétuer la grâce de l’enfance. Le plus aimable, le plus discret, le plus génial des clowns français vient de s’éteindre dans sa 88e année. C’est au cirque que se dessine sa destinée: «J’ai vu des clowns à 4 ans et demi et j’ai eu envie de faire ce métier. Tout ce que j’ai appris dans la vie n’a eu qu’un seul but: faire rire les autres».

Il apprend à peindre et à dessiner, et aussi à jongler, à jouer du violon et de la mandoline. Jacques Tati l’engage comme gagman pour Mon Oncle. Il dessine des story-boards et illustre la novélisation que son ami Jean-Claude Carrière tire du film. Il épouse la première femme auguste, Annie Fratellini, avec laquelle il fonde en 1973 l’Ecole nationale du cirque, destinée à ceux qui rêvent des métiers du cirque sans être nés dans la sciure.

«Je suis venu au cinéma parce que j’avais fait le clown», expliquait-il. Il signe Le Soupirant (1962), Tant qu’on a la santé (1965), Le grand amour, et Le Pays de Cocagne (1969). Son chef-d’œuvre reste Yoyo, évocation délicate et nostalgique du monde du cirque dans lequel, pour les beaux yeux d’une écuyère, un milliardaire ruiné par le krach, prend la route.

Le goût du burlesque

Au cinéma, Pierre Etaix joue dans Pickpocket de Bresson, Max mon amour d’Oshima, Le Havre, d’Aki Kaurismäki… Il incarne un clochard au sang bleu dans Chant d’hiver d’Otar Iosseliani (2015). Il tient son rôle dans Les Clowns de Fellini. Le courant passe mal entre les deux hommes: le Maestro tient le clown pour un imbécile ou un ivrogne, quand Etaix voit en lui un enfant éternel. Il a aussi écrit une pièce de théâtre (L’âge de monsieur est avancé, hommage à Sacha Guitry), publié de nombreux livres illustrés…

Pierre Etaix vouait une vénération éternelle à Max Linder, Charlie Chaplin, Harold Lloyd, Buster Keaton ou les Marx Brothers et conservait une indéfectible tendresse pour le noir et blanc des premiers films qu’il a vus. Sa nostalgie ne l’empêche pas de faire œuvre de pionnier: en 1989, il tourne le premier film de fiction en format Omnimax, J’écris dans l’espace, consacré à l’épopée du télégraphe. De même, son goût pour le burlesque délicat s’accorde à la philosophie gauloise de Coluche – avec lequel il caressait le projet d’une fresque biblique (Le nom de Dieu)! «Toute chose impudique, comme Serrault dans La Cage aux folles, me dérange. En revanche je porte Coluche dans mon cœur. Il est le comique à l’état pur. Il est grossier, mais tout sauf vulgaire.»

Un ami à trompe

Pierre Etaix a subi une rude épreuve. Suite à un imbroglio juridique, les droits de ses cinq longs-métrages ont été bloqués pendant vingt ans. En 2009, la malédiction a été levée. Le Tribunal de grande instance de Paris rétablit le cinéaste dans ses droits. Le public peut de nouveau voir ses films.

Pour rendre hommage au clown lunaire, on peut se rendre à la Galerie de l’Evolution au Jardin des Plantes de Paris et se recueillir devant Siam. L’éléphant formidable qui ouvre la parade des animaux a été le partenaire de Pierre Etaix. Il travaillait au cirque Knie lorsque le cinéaste est venu l’engager pour jouer dans Yoyo. «Siam était comme une personne. Tourner avec lui était un bonheur de chaque instant. C’était un animal d’une incroyable subtilité», disait le clown. On aimerait qu’à son tour l’éléphant nous parle du petit homme qui le cornaque à jamais, léger comme un rayon de lune.

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