Pierre Henry aura travaillé jusqu’à sa mort. En septembre dernier encore étaient créées à Strasbourg – mais en son absence – ses Chroniques terriennes, ultime composition d’une prolifique carrière qui lui aura valu d’être qualifié de «père de la musique concrète», un titre qu’il partage avec son mentor et ami Pierre Schaeffer (1910-1995).

Le compositeur français est décédé dans sa 90e année et laisse une œuvre dense et foisonnante, exigeante aussi, dominée par un tube: «Psyché Rock», coécrit avec Michel Colombier pour la suite Messe pour le temps présent, commande de Maurice Béjart pour sa chorégraphie du même nom, présentée à Avignon dans la prestigieuse cour d’honneur du Palais des Papes, et dont on fête justement cet été les 50 ans.

Passionné par les sons dès l'enfance

Né en décembre 1927 à Paris, Pierre Henry dira avoir dès l’enfance développé sa passion des sons les plus divers en étant attentif aussi bien aux bruits de la nature qu’à ceux issus de l’activité humaine. Pour lui, il n’y a rien de plus beau que le bruit d’un orage avec dans le lointain celui d’un train.

A 10 ans déjà, il entre au Conservatoire, où il étudiera avec Nadia Boulanger, Félix Passerone et Olivier Messiaen. Très vite, après le piano, il se spécialise dans les percussions. En 1950, il signe avec Pierre Schaeffer, rencontré trois ans plus tôt, Symphonie pour un homme seul, qui deviendra le manifeste des musiques concrète et électroacoustique, et inspirera un ballet à Maurice Béjart un an avant que celui-ci ne décide de lui confier la musique de sa Messe pour le temps présent.

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Pionnier de l’électro

Travaillant à partir d’un agencement de sons plutôt que d’une succession de notes, d’où cette notion de musique concrète, Pierre Henry peut à ce titre être considéré comme un des pionniers des musiques électroniques, voire de la pop psychédélique. Ses techniques de composition et d’enregistrement ont d’une manière ou d’une autre influencé des artistes aussi différents que le duo zurichois Yello, les casqués Daft Punk ou les Beatles de Sgt. Pepper’s.

En 1997, il fut célébré par la génération electro (William Orbit, St Germain, Dimitri from Paris, Coldcut) à travers la compilation Métamorphose – Messe pour le temps présent, réunissant une douzaine de remix et relectures, dont la plus connue reste le Psyché Rock – Malpaso Mix de Fatboy Slim, qui permettra à une nouvelle génération de le découvrir.