Chez nos collègues d’Espace 2, qui parraine la manifestation depuis son début, on en parle comme d’un «festival monographique». L’image est appropriée: depuis 2003 et son avant-première, la biennale Les Amplitudes se consacre pendant une bonne partie de semaine à mettre en exergue l’œuvre et les œuvres d’un représentant de la scène musicale contemporaine – dans le sens que cette dénomination recouvre en termes académiques.

Après Luc Ferrari pour l’édition inaugurale ou Eric Gaudibert – d’ailleurs peu de temps après son décès – en 2013, cette édition-ci voit dès aujourd’hui mardi La Chaux-de-Fonds se mettre à la baguette de Pierre Jodlowski. A 44 ans à peine, ce compositeur toulousain peut à bon droit déjà se prévaloir d’une production aussi conséquente que variée dans ses incarnations. Une oreille jetée à sa collaboration, publiée en 2011 chez Kairos, avec l’ensemble de l’IRCAM (l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique fondé à Paris par Pierre Boulez) convaincra de ses attirances multiples: de pièce en pièce, on passe d’un maelström acoustique qu’on oserait dire «classique» s’il n’était étrangement cousu de décharges rythmiques issues du jazz («Drones») à des ambiances dans lesquelles la part hypnotique de l’électronique donne toute sa puissance («Dialog/No Dialog»). C’est d’ailleurs dans cette veine plus proprement électroacoustique que Jodlowski déploie la meilleure part de son talent, ou alors dans son travail sur la rythmique, comme dans «24 Loops», entêtante composition pour quatre percussionnistes et bandes sonores.

Si Les Amplitudes se donnent comme une monographie, c’est bel et bien sous la forme d’un kaléidoscope qu’elles diffractent toutes les paires d’ans son invité. Jodlowski ne fera pas exception: installation («Passage», au Musée international de l’horlogerie), sonorisation de films (Eternal Silence, au théâtre ABC), pièces pour piano («Typologies du Regard», à la salle Faller du conservatoire de La Chaux-de-Fonds), compositions de plus grande ampleur comme Ombra della mente, pour percussion, électronique et voix (au TPR), ou encore improvisation aux confluences de l’electro, du jazz et du rock, avec Jodlowski himself accompagné d’Alexandre Babel (Bikini Test). Autant de membra disjecta qui devraient au final synthétiser l’image d’un compositeur complet.

Les Amplitudes. Du 5 au 10 mai. La Chaux-de-Fonds, divers sites. Rens. www.lesamplitudes.ch