Musique

Pierre Lautomne, un chanteur en hiver

L’élégant chanteur genevois est en concert le 30 décembreà l’enseigne de La Teuf S’amuse

Pierre Lautomne a récemment fêté son cinquantième anniversaire. Un demi-siècle, ça pose son homme. Celui qui a commencé par chanter sous son propre nom, Nicolas Varidel, avant de se faire un temps appeler Saul, en a profité pour sortir son quatrième album en tant que Pierre Lautomne, ce pseudo qui lui va si bien. Car il y a dans la musique du Genevois quelque chose de mélancolique, comme une dernière lueur avant les ténèbres.

Ce quatrième enregistrement s’intitule La Friche, et Pierre Lautomne y chante magnifiquement. Il y a dans son phrasé chaloupé et volontiers nonchalant, parfois même à la limite du slam, quelque chose qui évoque irrémédiablement Alain Bashung ou Rodolphe Burger. Sur son disque précédent, Le Cœur des lièvres, sorti il y a trois ans, il se la jouait country-blues et habillait ses compositions d’arrangements chatoyants, invitant à la fête banjo, mandoline, harmonica, orgue Hammond ou encore une guitare hawaïenne. Il célébrait les légendes Robert Johnson et Blind Willie Johnson, marchait à sa façon sur les traces de Johnny Cash.

S’en est suivie une tournée à l’issue de laquelle il a ressenti le besoin de se distancier de la musique. «De me ressourcer, d’observer, de contempler, de voir venir, d’avoir encore envie», résume-t-il. De cette pause est né La Friche, qui le voit revisiter dix de ses morceaux en compagnie du pianiste Johann Bourquenez, du batteur Nelson Schaer et du bassiste Yves Marguet. Trois musiciens venus du jazz et qui l’ont poussé à aller plus loin, ailleurs. A chanter autrement, à se réapproprier ses textes comme si c’était la première fois.

Une matière vivante

Enregistré live au studio de la Fonderie, à Fribourg, La Friche est un album sombre et envoûtant qui privilégie l’acoustique et ne cache pas la voix derrière des nappes d’arrangements. Il s’en dégage quelque chose de vrai, d’honnête, comme si ce travail de réappropriation avait permis à Pierre Lautomne de se redécouvrir. «On s’est tout permis avec les musiciens. Même parfois de changer radicalement les mélodies ou parties rythmiques, de se débarrasser d’une phrase ou d’un couplet entier! La musique est une matière vivante», expose-t-il dans sa note d’intention.

On n’ira pas jusqu’à parler de renaissance, mais il y a bien dans ce bel album quelque chose qui nous amène à penser qu’on assiste là à une sorte de nouveau départ. Pierre Lautomne ferait bien de continuer dans cette direction, de creuser ce sillon qui le voit faire le grand écart entre jazz, rock et chanson. Il y a dans ses textes une musicalité qui, trop souvent, fait défaut aux artistes francophones. Quand on écoute ses mots, c’est leur mélodie que l’on entend, plus que le sens. L’ombre de Bashung plane…

Pierre Lautomne, «La Friche», Disques Office. En concert le 30 décembre à Genève dans le cadre du festival La Teuf S’amuse. www.lateuf.net

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