«Qui aime bien châtie bien», dit l’adage. Une maxime qui résume assez bien le parti pris de Pierre Lemaitre dans son très attendu Dictionnaire amoureux du polar. Au fil de quelque 800 pages, le Prix Goncourt 2013 – pour Au revoir là-haut – distribue avec une certaine jubilation les coups de cœur et les coups de griffe tout en assumant sans détour la posture de qui apprécie de se mettre soi-même en scène. Et c’est bien le propos de ce type d’ouvrage, me direz-vous.

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Se situant dans l’héritage des fameux Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, Pierre Lemaitre – lui-même auteur de plusieurs polars – prévient que «le thesaurus d’un dictionnaire comme celui-ci répond à une alchimie assez étrange qu’on appelle communément le pifomètre». Il précise qu’il parle ici en romancier et en lecteur, revendiquant aussi bien les injustices criantes que les oublis impardonnables ou les jugements contestables. Il soulève aussi la difficulté – bien connue des chroniqueurs de romans noirs – d’évoquer l’intrigue et ses enjeux sans trop en dévoiler la fin. Pas de crainte, donc, vous ressortirez de ce gros livre avec un plaisir de lecture intact et une belle liste de polars et d’auteurs à découvrir sans délai.

Caprices de star

Mais revenons aux coups de cœur et aux coups de griffe. Dans la première catégorie, on notera – en toute subjectivité chauvine et amicale – l’éloge appuyé consacré par l’écrivain au dernier roman du Suisse Joseph Incardona, La Soustraction des possibles. «Je suis à la fois jaloux, impressionné, enthousiasmé», confie-t-il sans détour. Dans un autre registre, Pierre Lemaitre ne tarit pas d’admiration devant le travail des Editions Gallmeister, spécialisées dans la littérature américaine et championnes des retraductions.

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A l’opposé, bien qu’enthousiaste face au «cas» Fantômas, il n’hésite pas à préciser que ses auteurs, Pierre Souvestre et Marcel Allain, écrivent «avec le pied gauche». En passant, il décoche aussi quelques flèches à l’ombrageux DOA, égratignant son goût excessif pour le mystère et ironisant sur ses caprices de star. Ce qui ne l’empêche pas d’adorer ses livres et de conclure sur un compliment en forme de pirouette: «Chez DOA, grand empoigneur d’histoires, le roman restitue la complexité du monde et le dégoût que parfois il inspire. De quoi s’énerver…»

Coup de gueule

Les nominés chers à votre servitrice? Ils sont nombreux: le Sarde Marcello Fois, le Chilien Ramon Diaz Eterovic, le Français Tonino Benacquista, le Polonais Zygmunt Miloszewski ou le Grec Petros Markaris, notamment. En revanche, s’il est une chose qui agace Pierre Lemaitre, c’est l’engouement pour le polar nordique et ses enquêteurs dépressifs, alcooliques et désabusés, le fait que sous cette étiquette «on trouve de plus en plus de best-sellers internationaux standardisés».

Un coup de gueule qui ne l’empêche pas d’inclure dans son Dictionnaire amoureux Henning Mankell, Stieg Larsson ou Arnaldur Indridason. Jo Nesbo en revanche n’y figure pas, et pas davantage Camilla Läckberg. Vous voilà prévenus.


Dictionnaire
Pierre Lemaitre
Dictionnaire amoureux du polar
Dessins de Christian De Metter
Plon, 808 p.