Musique

Pierre Lepori ressuscite Klaus Nomi

Dans un très beau livre-CD et un spectacle musical, l’auteur et metteur en scène romand redonne vie au pape allemand de la new wave

De Klaus Nomi, on connaît tous The Cold Song, interprétation sidérante de L’air du froid, de Purcell, que le chanteur allemand a popularisé, au début des années 1980. Avec sa voix de haute-contre et son allure allumée, le pape de la new wave a séduit jusqu’au public exigeant des cabarets new-yorkais. Dans Klaus Nomi Projekt, livre-CD et spectacle musical, Pierre Lepori ressuscite avec talent le «cosmonaute-troubadour de Bavière», emporté par le sida en 1983, à l’âge de 39 ans.

Cédric Leproust au jeu. Marc Berman à la musique. Albertine aux illustrations. C’est aussi grâce à ce trio d’artistes inspirés que l’auteur romand parvient à rendre toutes les nuances de cette personnalité éclatante et éclatée. Dans ce bel objet, 13 monologues baroques naviguent entre fiction et réalité pour évoquer celui qui a posé dans la vitrine new-yorkaise de Fiorucci. Oui, Klaus Nomi a tutoyé David Bowie. Oui, il a allumé la jeunesse de l’Underground avec son nœud pap et sa tessiture de voix surnaturelle – il pouvait passer du baryton-basse au contre-ténor en un claquement de doigts. Et, peut-être, Nomi a-t-il aussi défunté à l’écoute du Stabat Mater, de Vivaldi…

«Coup de foutre»

Peu importe la vérité biographique, au fond. Tout dans ce texte dit le mélange d’exquises extases et de kitsch assumé du dandy. «Tu surgis telle une cathédrale dans une nouvelle de Proust. N’appelez pas ça le coup de foudre, le coup de foutre! C’est plus encore, c’est un cataclysme. Tu es l’œil du cyclone et du cyclope, chromé comme une bétaillère texane.» Tels sont les mots de l’amour en langage Nomi-Lepori.

Avec une telle déferlante, Cédric Leproust s’en donne à cœur joie. Le comédien est tour à tour colère, séduction, dégoût, scepticisme, provocation et jubilation. Même variété de tons chez Marc Berman, qui dialogue en musique avec le jeu théâtral. Sa partition, qui va du bruitisme aux mélodies les plus suaves, raconte bien les états d’âme et de corps de l’homme aux éclats de castrat. Et puis, dans le livre à la couverture de velours cramoisi, cette cerise sur la lettre «K»: la Genevoise Albertine dessine 13 costumes à la diva.


Klaus Nomi Projekt, Editions Humus, 48 p., 13 dessins, avec un CD audio de 60 min.

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