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En attendant de diriger Leonardo DiCaprio, Pierre Amstutz Roch s’attelle à son quatrième court métrage.
© Frassetto pour Le Temps

Défi relevé

Pierre, toute une histoire en deux minutes vingt

Chaque année, un bon millier de cinéastes participent au Nikon Film Festival et ficellent un scénario choc en 140 secondes. Le Suisse Pierre Amstutz Roch a tenté l’aventure et son film a plu

Depuis 2010, le Nikon Film Festival lance un vrai défi à ses participants: réussir un (très) court métrage en moins de temps qu’il n’en faut pour cuire un œuf à la coque. Avec, en prime, un thème à respecter. Après «Je suis un geste» en 2015 ou «Je suis une rencontre» en 2016, «Je suis un cadeau» a guidé les 1400 propositions évaluées en février dernier. Parmi elles, Je suis cocu, de Pierre Amstutz Roch, cinéaste genevois de 28 ans établi à Paris depuis dix ans. Son bijou d’humour noir à l’assaut des clichés machistes a été retenu parmi les 50 meilleures prestations de la sélection. Plus que mérité. De passage à Genève, le jeune réalisateur qui a travaillé à Canal+ et Arte raconte comment il a relevé le challenge de l’efficacité.

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Une maison vue à travers des jumelles. En fond sonore, des chips bâfrées grossièrement. Deuxième plan: des types dans une voiture en stationnement. Pas des cadors, plutôt des tocards. L’un d’eux, le plus approximatif, demande à l’autre: «Et ça fait combien de temps que tu le sais?» «Ça se sent, ce genre de choses», bougonne le pas content. On l’apprend vite: le froissé de la vie soupçonne sa femme de le tromper et veut intimider l’amant qui, pense-t-il, vit dans cette maison sous observation. Il a un plan. Fiasco ou réussite? On ne le dira pas, surprise oblige. Juste qu’il se pourrait bien que Johnny soit de la partie, et pas en meilleure forme…

Johnny, mort avant l’heure

«C’était dingue, se souvient Pierre Amstutz Roch. On a tourné le film en octobre et Johnny Hallyday est mort en décembre. On a eu très peur des retombées. Qu’on nous reproche de manquer de respect, de profiter du buzz, etc.» En fait, rien de tout ça. Le public a bien compris l’ironie du scénario et n’a pas accusé le jeune réalisateur de récupération.

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Comment pense-t-on un film qui doit convaincre en moins de trois minutes? «En soignant le rythme et en retenant l’attention d’entrée.» Les recettes pour retenir l’attention? «La qualité du jeu des comédiens, les dialogues (quand il y en a), le montage et la solidité des personnages», détaille ce fan des frères Coen, chez qui on trouve des traces de leur univers givré et grinçant.

Tout le monde travaille gratis

Difficulté supplémentaire: le manque d’argent. Pour ce court métrage, chacun a travaillé gratuitement. Certes, le tournage a duré un jour, six heures pour être précis, en proche banlieue parisienne, mais tout de même, les deux comédiens principaux, Lionel Laget et David Salles, ont joué dans Taxi 5. Pas vraiment des débutants… «C’est vrai, mais il y a une tradition dans le cinéma, commente le cinéaste genevois. Lorsqu’on sollicite des pros sur un projet qui n’a pas d’argent, ils collaborent très couramment à l’œil. Déjà par simple solidarité et aussi parce que c’est payant ultérieurement.»

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Pour Je suis cocu et ses deux précédents courts métrages dont l’un, très malin, Je suis votre sauveur, a fini dans les dix premiers du Nikon Film Festival 2016, Pierre Amstutz Roch a bénéficié de ce renvoi d’ascenseur. Après l’EICAR, l’Ecole internationale de création audiovisuelle et de réalisation, basée à Paris, où il a appris de nombreuses professions liées au cinéma, il a travaillé comme chargé de production à Arte, puis à Canal+. Là, il a engagé des techniciens (ingénieurs du son, maquilleurs, etc.) qui ont su se souvenir de lui lorsqu’il en a eu besoin.

Une page, une minute de tournage

On s’étonne encore de sa grande maîtrise cinématographique, vu son jeune âge. De la précision du jeu et du montage. L’intéressé avoue être un maniaque des personnages. «On répète avant. Je veux que les comédiens soient à l’aise, convaincants. Et, comme je sais qu’une page de scénario équivaut à une minute de tournage, je suis très précis dans l’écriture», détaille celui qui prépare Tout se mérite, son quatrième court métrage coproduit par les français Origine Films et les suisses Dreampixies. Le thème? Ce qu’un homme au chômage est capable de faire pour avoir un poste. Les failles intéressent Pierre Amstutz Roch, qui travaille également à son premier long métrage. Les acteurs qu’il adorerait diriger? Leonardo DiCaprio, Pierre Niney et Jean Dujardin, côté hommes. Emma Stone et Meryl Streep, côté ladies. Le réalisateur genevois aime les âmes fortes et les univers à la fois drôles et inquiétants. Un mélange très porteur. Sûr qu’on reparlera de lui.

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