peinture-sculpture

Pierre Zufferey et André Raboud, une même exigence

Le sculpteur et le peintre, tous deux valaisans, entremêlent leurs travaux au Vieil Arsenal de la Fondation Gianadda à Martigny

On les dirait faits l’un pour l’autre: les travaux respectifs de Pierre Zufferey et d’André Raboud se répondent du tac au tac, dans un même esprit fondé sur la ri­gueur, la sévérité même, et une volonté secrète – que trahissent néanmoins les titres – d’amener l’abstraction vers cette forme d’humanité liée aux images, aux sentiments. Cet automne, les deux artistes valaisans montrent des œuvres récentes dans l’annexe de la Fondation Gianadda baptisée le Vieil Arsenal. Ce n’est pas la première fois qu’ils exposent ensemble, une précédente expérience avait abouti à un ouvrage intitulé Nuit blanche. Le peintre et le sculpteur prisent tous deux l’espèce de gouffre sans fond que représente le noir, opposé à la clarté du jour.

Sculpteur très présent dans l’espace public de la région, André Raboud propose ici des pièces de taille moyenne et met en avant un matériau, le granit d’Inde. Il le travaille de manière à obtenir des galbes satinés, des courbes dynamiques, un poli qui contraste, de loin en loin, avec une arête laissée brute, par là d’un noir moins intense. Les thèmes traités, explicités par les titres, renvoient aux éléments, la terre, le ciel, à un symbolisme qui unit étroitement la vie et la mort: apparaissent des barques, par exemple cette magnifique Barque sous la montagne, en forme d’enclume, un pont rebaptisé Arche, de manière à insister sur la notion d’alliance et sur l’espoir, des créatures ailées qui attestent le rêve irrépressible de l’homme. Les ailes en sont asymétriques, rognées avant d’avoir pu se déployer, mais le rêve subsiste.

Un rêve d’union ou de fusion

Certaines sculptures livrent des données plus intimes, une fracture impossible à réduire, une blessure qui ne parvient pas à se refermer… A ces pièces massives et élégantes, dont la plus elliptique, cette Barque au départ, semble la plus fascinante, au point qu’on aimerait la caresser, y embarquer peut-être, répondent les peintures, souvent des polyptyques, signés Pierre Zufferey, de vingt ans le cadet du sculpteur. A chacun son rêve: celui du peintre, né à Sierre en 1969, semble un rêve d’union ou de fusion. A quelques toiles qui font état d’une nature solitaire s’opposent les verbes qui disent l’association, l’amour: Se lover, S’enlacer, Se joindre, S’attacher, disent ces titres, qui annoncent la série Tandem.

Soit des diptyques où des formes larges, formées de barres entrecroisées, évoquent des ombres massives, un charroi qui avancerait sur un chemin de campagne, devant un ciel blindé. Mais il s’agit de ne pas contrefaire l’art du peintre, qui s’est abstrait de la réalité, du moins de la réalité visible, pour s’engager sur la voie difficile des formes créées de toutes pièces. Des formes noires en l’occurrence, se détachant sur un fond clair et nuancé comme l’écume, cette Ecume des jours entraperçue à travers la fenêtre…

André Raboud et Pierre Zufferey. Vieil Arsenal de la Fondation Gianadda (Martigny, tél. 027/722 39 78). Tous les jours 9-19h. Jusqu’au 25 novembre.

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