Exposition

Pierre-Alain Bertola, un artiste dans la presse

La Maison du dessin de presse, à Morges, montre une nouvelle facette du talent du dessinateur, après ses adaptations littéraires présentées à la Fondation Michalski de Montricher

Pierre-Alain Bertola a dessiné pour «Le Temps» depuis sa création en 1998, après avoir œuvré notamment pour «Le Journal de Genève». Il a même suivi le passage de l’un à l’autre avec quelques strips réalisés à quatre mains avec le dessinateur Simon Tschopp. Et sa toute dernière contribution pour la presse avant son décès subit en 2012 a sans doute été la série de trois dessins qu’il a réalisés pour un projet de supplément de notre quotidien, qui n’a finalement pas vu le jour au-delà d’un numéro zéro. Il illustrait une enquête de Frédéric Koller sur un trafic d’organes prélevés sur des condamnés à mort en Chine.

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C’est d’ailleurs un autre reportage au long cours du «Temps» qui est un des points forts de l’exposition de la Maison du dessin de presse à Morges, qui présente jusqu’à la fin du mois les étonnants dessins que Pierre-Alain Bertola a livré aux quotidiens romands pendant deux décennies. Sans faire partie du périple, mais en voyage dans sa tête, le dessinateur a illustré avec finesse et force à la fois le voyage du journaliste Serge Michel sur les routes des Balkans jusqu’à Téhéran pendant quatre mois. Ce feuilleton prend la forme d’un road-movie mi-reportage, mi-fiction sur les traces d’un jeune Bosniaque expulsé de Suisse.

Un grand mur rouge bordeaux est consacré à une partie de cette série d’originaux de l’artiste. C’est un coup de cœur pour Charlotte Contesse, la conservatrice de la Maison du dessin de presse. Au point que l’institution s’est muée en éditrice pour la première fois, afin de publier les textes et les illustrations de cette Déroute persane dans un livre artisanal à petit tirage.

Travail personnel et intime

L’exposition rassemble une soixantaine de pièces qui mettent en valeur le travail de presse de Bertola, l’une des multiples facettes créatives de l’artiste nyonnais. Dès 1989, on le voit aussi dans «La Tribune de Genève», «Le Courrier», «La Côte» ou le magazine satirique «Saturne». A ses débuts, il est proche de la bande dessinée, avec parfois des séquences narratives, comme ces cases savoureuses sur la réforme de l’orthographe mettant en scène toute une dramaturgie monumentale autour de l’accent circonflexe.

 

Mais l’essentiel de son œuvre de presse (quelque 350 dessins ont été répertoriés) est faite de contributions peu conformes aux canons du dessin d’actualité traditionnel, plus personnelles et intimes, souvent poétiques et toujours très expressives, travaillées au lavis qu’il affectionne, malgré les pertes de nuances inévitables à l’impression, attentives au texte qu’il illustre et la plupart muettes. D’ailleurs, c’est souvent pour des sujets délicats ou difficiles à illustrer que les rédactions faisaient appel à Bertola. Très judicieusement, les commissaires de l’exposition présentent des dessins originaux et des pages imprimées, qui sont finalement le résultat du travail de l’artiste, provoquant une confrontation des ambiances et de l’esthétique de ces deux étapes du processus.

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Des lettres de remerciements émouvantes de lecteurs admiratifs résument bien le propos de l’accrochage, en évoquant «e choc» qu’ils ont ressenti face aux dessins de l’artiste-Alain ou leur «vraie joie» en découvrant dans leur journal ces «représentations si suggestives, intelligentes, artistiques».


«Pierre-Alain Bertola», Maison du dessin de presse, Morges, jusqu’au 30 octobre. Me-di 14h-18h (sa 10h). www.maisondudessindepresse.ch

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