Pendant son premier quart de siècle, le Prix culturel Manor a largement été l’œuvre de son fondateur, Philippe Nordmann. Au mitan des années 2000, celui-ci a passé le relais à son jeune cousin, Pierre-André Maus, administrateur délégué de Maus Frères SA. Il faut savoir que Manor doit son nom à la contraction des noms Nordmann et Maus, deux familles liées depuis plus d’un siècle, jusqu’à devenir un très grand du commerce de détail dont Manor n’est qu’un élément.

C’est donc Pierre-André Maus qui a assuré les discours de vernissage la semaine dernière. Nous ­l’avions rencontré quelques jours auparavant pour un café sur la terrasse du Manora, à Genève, dans l’immeuble qui sert de «vaisseau amiral» au groupe depuis 1967. Nous voulions savoir ce que représentait pour un capitaine d’entreprise tel que lui cet engagement culturel.

Dans les jurys depuis 2005

Tout en assurant que le goût des arts et la philanthropie sont largement une marque de famille, ce quadragénaire nous a expliqué qu’il était prédisposé à une telle mission. «Avant de rejoindre le groupe, j’ai suivi des études de Lettres à Paris, où j’ai grandi.» Aux beaux titres de normalien et d’agrégé, il ajoute une passion pour la littérature, la cinéphilie et l’esthétique, essentiellement pour l’art du XXe siècle, l’abstraction, le dadaïsme, Duchamp…

Reconnaissant à Philippe Nordmann d’avoir su concevoir le Prix Manor dès 1982, «à un moment où ce n’était pas tellement dans l’air du temps», il évoque avec enthousiasme sa propre implication dans les jurys depuis 2005, la complicité très vite trouvée avec Chantal Prod’Hom, directrice du Mudac, autre juré permanent. «Chacun des musées avec lesquels nous collaborons nous propose quatre ou cinq dossiers. Nous jugeons sur des œuvres réalisées mais nous récompensons une promesse. Nous donnons à un jeune créateur l’opportunité de s’exprimer dans un lieu institutionnel parfois imposant mais nous ne savons pas ce qu’il va réaliser. Beaucoup ont excellé pour dominer cet environnement, jouer avec l’espace, le détourner.»

A titre personnel, mais aussi comme chef d’entreprise, il trouve très enrichissant de fréquenter ainsi régulièrement le monde de l’art, quitte à parfois être un peu déstabilisé. D’autant plus que lui, comme toute la direction de Manor, vit au milieu des œuvres puisque pour chaque Prix Manor décerné une pièce est achetée, qui vient orner les bureaux. «Mais le principe même du prix fait qu’il y a trop de diversité entre les œuvres pour qu’on puisse vraiment parler d’une collection d’entreprise.»

Et quelles attentes pour Manor? «Nous ne recherchons pas de retombées particulières. Par rapport à notre image de grand distributeur, c’est pour nous une action cantonale de qualité et dans la durée. J’estime aussi qu’il est bon que l’entreprise, et pas seulement l’Etat, s’implique dans la culture, mais sans parti pris. Madame Prod’Hom ou moi-même ne serons jamais ministres de la Culture», plaisante-t-il pour conclure .