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Piers Faccini, les bleus d'une âme nomade

Révélation de la rentrée discographique, cet Anglais vagabond marie folk anglais, blues et musique malienne au sein d'un fascinant premier album. Une élégance intemporelle qui évoque à la fois les sonorités neurasthéniques d'un Nick Drake et les complaintes du Delta. Rencontre

Il vient d'apparaître, mais on jurerait le fréquenter depuis toujours. Ami musical instantané, confident au chant familier, Piers Faccini s'invite sans chichis à la table des héros musicaux les plus jalousés. Avec le bouleversant Leave No Trace, recueil intimiste de ballades automnales, cet Anglais installé à Paris publie l'un des disques les plus immédiatement séduisants de l'année. Entre le folk neurasthénique d'un Nick Drake et le blues habité du Delta, la pop raffinée des eighties anglaises et la nudité fragile d'un Will Oldham, Piers Faccini trace un sillon singulier, irrigué par un cordial d'influences patiemment sublimées.

D'une maturité rare, admirable dans son économie acoustique, le premier album de ce faux timide de 34 ans trahit la lente maturation d'un art au naturel acquis dans la douleur. «La musique a toujours joué un rôle très important dans ma vie, confie-t-il dans un français impeccable. Mais si j'avais confiance en ma peinture, la chanson est longtemps restée un jardin secret.» Peintre de talent, Piers Faccini ne conçoit aucune circulation entre ses deux activités, qu'il juge divergentes. A l'entendre évoquer son art figuratif, cependant, privilégiant «l'ombre et la lumière, le silence, le vide, l'aube et le crépuscule», impossible de ne pas songer à son approche intimiste de la chanson. Toujours entre chien et loup, soufflant le chaud et le froid dans un art mélodique limpide et mesuré, ce songwriter accompli sait le prix des nuances et de leurs voiles. «L'écriture musicale est pour moi un exercice d'honnêteté, de nudité absolue. Au début, il m'était très difficile de concilier cela avec les contingences de la scène. A chaque fois que je jouais et que les gens parlaient ou n'étaient pas attentifs, j'en sortais anéanti.»

Régulièrement encouragé par Vincent Ségal, violoncelliste polyglotte aguerri dans l'art de la haute voltige stylistique (de Nana Vasconcelos à -M-, en passant par Bumcello, Susheela Raman ou Dick Annegarn), Piers Faccini dévoile progressivement sa musique au monde alentour. A Londres, où il réside pendant douze ans, allié à la poétesse hip-hop Francesca Beard, le musicien grave en 2001 sous le nom de Charley Marlowe quelques titres à l'éclectisme grisant, croisant folk anglais, scansion rap et rythmiques brésiliennes.

Mais c'est encore l'ami parisien Ségal qui saura révéler, dans sa nudité la plus pure, l'écriture singulière de l'Anglais. D'abord sur T-Bone Guarnerius, disque de duos conviant pour deux titres l'élégant Faccini à s'éprendre de ce violoncelle complice. Repéré là par le directeur de Label Bleu, éditeur distingué de jazz et de world music, Piers Faccini réalisera alors enfin, sous l'égide de Vincent Ségal, ce Leave No Trace tant désiré.

«J'ai de la peine à le considérer comme mon premier album, parce que des albums, j'en ai imaginé des tonnes au fil des ans. L'écriture est une activité quotidienne pour moi. C'est simplement la première fois que quelqu'un me donnait les moyens d'en enregistrer un.» Secondé par les cordes sensibles de Ségal et la frappe subtile du batteur américain Jeff Boudreaux, le fascinant Faccini y laisse éclater son amour des choses simples, du blues ancestral et des musiques indiennes ou africaines.

«On célèbre souvent Tom Waits ou Elvis Costello pour leur écriture très littéraire, mais, à mon sens, les plus grands songwriters sont plutôt ceux qui privilégient la simplicité du texte, les Woody Guthrie, Leadbelly ou Bob Dylan. Un bon texte doit être indissociable de la musique qui le porte. Si le texte prend l'ascendant, l'on perd la notion de chanson idéale, ce côté viscéral et universel que l'on trouve dans le blues, par exemple.»

Accroché à cet idéal incunable, Piers Faccini manie la guitare en scène à la manière d'un bluesman limoneux, glissant parfois un morceau de carton sous ses cordes pour évoquer le son grinçant de la sanza, piano à pouces d'Afrique de l'Ouest.

Rien de calculé cependant dans cet éclectisme bon teint, miraculeusement en phase avec la «sincérité» boisée des vedettes de ce début de siècle. «Mon père est Anglais, ma mère Italienne, j'ai vécu en France, en Angleterre… La musique est un voyage pour moi, ce nomadisme est inscrit dans mes gènes.» La preuve éclatante que les cellules souches font parfois des miracles.

Piers Faccini, Leave No Trace (Label Bleu/RecRec).

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