Michael Eisner n'est plus seulement le patron de la compagnie Disney: il est aussi le roi du divorce. Après dix mois de négociations, la société Pixar, tête de pont de l'animation numérique mondiale (Toy Story 1 et 2, 1001 Pattes, Monstres et Co., Le Monde de Nemo), vient de claquer la porte. Elle cherche à présent un studio moins gourmand et capable de lui fournir les mêmes infrastructures de distribution et de marketing (LT du 31.01.04). La Warner et la 20th Century Fox se disent déjà prêtes à en discuter.

Fin novembre, c'est Roy Disney, le neveu de Walt, qui quittait son poste de vice-directeur, reprochant notamment à Michael

Eisner la fermeture des studios d'animation traditionnelle d'Orlando. Un épisode qui s'ajoutait alors à une longue série de démissions. La plus marquante, en 1994, fut celle de Jeffrey Katzenberg, l'initiateur du Roi Lion qui venait de sortir la compagnie du marasme.

Combien de divorces artistiquement périlleux Michael Eisner pourra-t-il endosser? Ses actionnaires le décideront le 3 mars lors de leur meeting annuel. Accepteront-ils que le studio réduise sa voilure dans le domaine de l'animation classique et développe son secteur numérique sans Pixar? Disney annonce en effet deux projets 100% maison: Chicken Little pour 2005 et Toy Story 3 en 2006, puisque la compagnie conserve les droits de tous les films créés par Pixar, y compris celui de les décliner en suites. Une habitude d'Eisner: après le départ de Jeffrey Katzenberg, la major avait longuement exploité les filons du Roi Lion avec des séquelles destinées à la vidéo.

Disney paternaliste

Si l'horizon Disney s'annonce donc plus morose et commercial que jamais, celui de Pixar scintille de tous ses pixels. Contractuellement, les deux prochains films de la société de Steve Jobs, le patron d'Apple, sortiront sous la bannière de Disney: The Incredibles cette année et Cars en 2005.

Dès Toy Story en 1995, Pixar a su donner une âme à des alignements de 0 et de 1. L'hilarante bande-annonce d'Incredibles (www.pixar.com) prouve que les enjeux économiques n'ont pas entamé son imagination: un superhéros vieillissant n'arrive plus à boucler la ceinture de sa combinaison. Métaphore de Disney? Il n'y a qu'un pas à le penser. La tradition Pixar était singulièrement différente de celle, paternaliste, de Disney: chez Steve Jobs, la culture d'entreprise offre au collaborateur qui a la meilleure idée de film la possibilité d'endosser le rôle de réalisateur, tous se mettant alors à son service.

Cette émulation fera, dès 2006, le bonheur d'une nouvelle compagnie. L'élue devrait obtenir d'emblée un projet Pixar qui échappe à Disney: Ratatouille, l'histoire d'un rat dans un grand restaurant parisien. Et, toujours et davantage que chez Disney et ses produits trop ciblés, avec une intelligence où les petits comme les grands trouvent leur compte.