Les couleurs ont une image. Qu’il soit tendre ou glauque, le vert appelle la nature avant d’évoquer les pensées kadhafiennes et le billet américain. Le rose tend – malheureusement – vers les filles, la guimauve et la légèreté. Le noir appelle l’élégance, le deuil, la mélancolie. Dès lors, les couleurs sont des codes, largement utilisés par les marketeurs et communicants de tous bords. Les affiches de cinéma n’y échappent pas plus que les cravates ou les paquets de céréales. Sur son blog (http://afficheschristophecourtois.blogspot.ch/), le distributeur Christophe Courtois s’amuse à établir des typologies. Où l’on voit que motifs et couleurs se répètent presque invariablement; le fond blanc pour les comédies, le jaune pour les films d’auteur, le bleu pour la science-fiction et même le bleu mêlé à l’orange pour les block­busters.

L’affiche d’Oblivion, «actuellement sur vos écrans», est parfaitement dans le ton. Du bleu pâle pour une production SF, un héros campé devant une ville plus ou moins dévastée – les sauveurs de monde et autres superhéros ne figurent jamais devant des décors campagnards. Elle conforte encore une étude publiée il y a quelques mois par un ingénieur canadien. Vijay Pandurangan a analysé 35 000 placards de cinéma réalisés de 1914 à 2012, pour conclure que ceux-ci sont de plus en plus bleus. Sur son blog (http://www.vijayp.ca/blog/), il avance l’explication selon laquelle les ­thrillers et les films de science-fiction sont bien plus nombreux aujourd’hui qu’il y a quelques décennies. Et la palette des «photoshopeurs» d’affiches paradoxalement moins fournie que celle des illustrateurs d’antan.