Fille de lavandière, Nélie Laborde (Lyna Khoudri) a «volé et même pire» pour manger. En 1914, elle s’engage dans la Croix-Rouge française. Sur le front, elle accueille Rose Juillet, une Bâloise qui se rend à Nancy, chez une ancienne amie de son père décédé pour y trouver un toit. Un obus la tue. Pour Nélie, c’est une chance unique de sortir de sa condition: elle emprunte les vêtements et la lettre d’introduction de la défunte. Elle prend La Place d’une autre. Et trouve un toit chez la riche Mme de Lengwil (Sabine Azéma), dont elle devient la dame de compagnie. Un jour, vêtue de noir, la vraie Rose, qui a miraculeusement survécu à ses blessures, entre chez Mme de Lengwil et pointe un doigt accusateur sur l’usurpatrice d’identité…

Métaphore de la lutte des classes

C’est de The New Magdalen, un roman de Wilkie Collins, écrivain anglais fameux en son temps et grand ami de Dickens, qu’Aurélia Georges (L’homme qui marche) tire l’argument de ce film à suspense psychologique qui métaphorise la lutte des classes. Transposant avec finesse l’intrigue, recréant avec justesse le décor et les rituels d’une maison bourgeoise de province, la réalisatrice distille un suspense admirable que relève une touche morale: l’infortunée Nélie a certes droit au bonheur, mais l’injustice faite à Rose, enfermée dans un asile, est intolérable. Inattendue, une ultime scène sort le plus beau des jokers: l’amour.