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Un soleil, une étrange assistante et une fleur. La création, selon les Fred Tousch, compagnie française déjantée.
© Brigou

Plein air

La Plage fête ses 25 ans sur le mode vintage

Le festival de rue de La Chaux-de-Fonds attend 100 000 personnes jusqu’à samedi. Mardi, le rendez-vous regardait dans le rétroviseur

Des facteurs qui chantent des tubes d’autrefois dans un jukebox géant. Des cousins qui ressuscitent leurs jeux d’enfants dans le grenier de grand-maman. Un amoureux pris au piège d’une pluie de sons, façon Jacques Tati. Ou encore une ode psychédélique à la fleur tout droit sortie des années hippies. Mardi, à La Chaux-de-Fonds, la Plage des Six Pompes, qui fête ses 25 ans, avait des accents d’antan. Ce regard dans le rétroviseur n’empêche pas le plus grand festival de rue helvétique de décoller. Récit d’une journée faste et rencontre éclair avec Manu Moser, qui mène le bal depuis bientôt vingt ans.

Il arrive en noir sur un vélo noir, talkie-walkie à l’oreille, smartphone collé au corps. Au repos, Manu Moser est déjà un volcan. Qui parle logistique, projets et soutien à la profession bien au-delà de la vitesse du son. Alors, au cœur de son festival qui attire près de 100 000 spectateurs en une semaine, l’échange ressemble à une rafale d’infos et d’émotions. Premier constat: pour les 25 ans, tout le monde a voulu être là. Du coup, le programme déborde – 85 compagnies de neuf pays contre une septantaine l’an dernier – et La Chaux-de-Fonds ressemble à un chaudron. Les bars et restos de La Plage ne désemplissent pas, ce qui est bien, car leurs recettes assurent près de la moitié du budget de 1,2 million.

Le roi Serpent des habitants

Deuxième réjouissance: les locaux, amateurs ou pros, ont souhaité célébrer l’anniversaire à leur manière. Ainsi, dimanche dernier, une immense battle de rue pacifiée par un roi Serpent a lancé le festival, tandis que le chœur du Lycée Blaise-Cendrars dansera sur les pavés, ces mercredi et jeudi. «Ces propositions comptent beaucoup pour nous, souligne le directeur. Car, même si la grande majorité des compagnies vient de l’étranger, La Plage et La Tchaux sont très liées. Ce festival n’aurait pas pu naître ailleurs que dans cette cité horlogère à la fibre populaire.»

Lire aussi: «Tu manges le bitume et tu vois si ça prend»

Pour les 25 ans, le rendez-vous a pourtant choisi d’essaimer. L’équipe de Manu Moser a proposé un Six Pompes Summer Tour à destination des communes romandes et sept municipalités ont craqué pour le théâtre de rue. «Entre juin et fin août, une vingtaine de représentations seront données. Rien ne me rend plus heureux que cette émancipation!»

Manu Moser a encore juste le temps de s’enflammer pour Be Félice, un spectacle à voir vendredi et samedi, qui «réinvente complètement le cirque à travers un voyage mental dans la tête d’une schizophrène», avant d’être happé par un problème d’intendance: non loin de là, un café qui profite de l’effet festival – ce qui est bien –, met la musique un peu fort pendant les représentations – ce qui est moins bien… Une bise et le man in black s’envole dans un nuage de fumée.

Cauchemar sonore pour un amoureux

Mardi dernier, Manu Moser n’était pas le seul à être secoué. Le personnage de WRZZ, fantaisie sonore pour amoureux piégé, a lui aussi monté les tours. C’est que rien ne se passe comme prévu dans cet ingénieux spectacle de la compagnie française 26 000 couverts, star de la discipline. Hector, appelons-le ainsi, arrive avec son bouquet au pied de l’immeuble de sa chérie. La scène se déroule sous le soleil de la rue des Terreaux, devant une vraie entrée réquisitionnée pour l’occasion. Il sonne à l’interphone, mais à la place de la porte s’ouvre un cauchemar sonore. Son sandwich devient un portable qui parle anglais, ses pas sur le bitume font subitement un bruit de verre brisé, des hauts talons le harcèlent, tandis que le digicode enclenche des sirènes à toute volée. Et quand le malheureux ouvre un container pour y jeter ses fleurs cassées, des aboiements affamés le happent tout entier.

On l’a compris: le ballet d’effets est tellement efficace que tous les bruits font image, d’autant que le comédien excelle dans la traduction physique de ces sons. Avec son style à la Tati, ce spectacle drôle raconte aussi le vertige de la technologie. Grand succès. Le chapeau, qui est le seul moyen de rétribution des artistes, se remplit.

Jukebox géant

Même séduction du côté des Fils du Facteur. Le duo de chanteurs veveysans a imaginé un jukebox géant dans lequel les deux joyeux interprètent des tubes que le public choisit. A La Plage des Six Pompes, ce sont surtout les enfants qui se lèvent, mettent la piécette et, surprise, demandent Les vieux, de Jacques Brel ou Hallelujah, de Leonard Cohen. Standard que le public reprend en chœur ainsi que Twist and Shout, des Beatles. C’est gai, chaleureux et parfait pour déjouer la pluie qui commence à tomber.

Lire aussi: A La Chaux-de-Fonds, la Plage des Six Pompes s’assagit

Le ciel bleu revient pour Fleur, messe déjantée où un gourou seventies nommé soleil donne naissance à une belle plante pour faire l’éloge de la futilité. Aux côtés d’une étrange assistante, soleil dit que la fleur «sert à ne servir à rien» et que c’est déjà beaucoup. «Quand les gens te regardent, ils s’acceptent mieux», scande le mage à la longue barbe et aux longs cheveux.

Mais Fleur, interprétée par une donzelle tout en bottes, veut vraiment servir à quelque chose. Parce que soleil a la mèche qui fourche, elle sera shampoing, voilà son destin. La compagnie française Fred Tousch-Le Nom du Titre (sic) a la bonne idée d’impliquer le public dans son récit barré. Mardi dernier, myosotis, le gland ou mimosa ont tenu leur rôle avec sang-froid. Le trip psychédélique a décollé.

Fin du monde et dinosaures

On le voit, le second degré est très tendance chez les artistes de rue. Le monde du cirque aussi bien sûr. Acrobates, jongleurs, équilibristes sont toujours nombreux à l’affiche de La Plage des Six Pompes et leur virtuosité, comme celle du cirque Rouages aperçu dans la journée, est saluée.

Mais mardi, c’est encore un travail décalé qui a conclu la virée. Dans La Töy-Party, balade nocturne et métaphysique imaginée par la compagnie française le Détachement international du Muerto Coco, quatre cousins racontent le souvenir de leurs jeux enfantins. Il est question de fin du monde et de dinosaures et après avoir été séparé en quatre groupes, le public se retrouve devant des vitrines pleines de Lego et de barbies pour un concert de poésie. Le tout fait planer ceux qui veulent planer. Les autres vont boire aux bars. La Plage, chaleureuse, sait s’amuser.


La Plage des Six Pompes, jusqu’au 11 août, La Chaux-de-Fonds.

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