Après le sapin-sex toy de Paul McCarthy, la récente édition de la Foire internationale d’art contemporain de Paris (FIAC) aura fait les choux gras d’une certaine presse avide de décrier la grande fumisterie de l’art contemporain. Nous ne reviendrons pas sur le conifère érotisant de l’artiste californien, mais sur les accusations récemment portées contre le travail de Valentin Carron, qui a représenté la Suisse lors la dernière Biennale de Venise.

Petit rappel des faits. Lors de la FIAC, la galerie zurichoise Eva Presenhuber présentait un travail récent de Carron reproduisant fidèlement une sculpture de Marino di Teana datant de 1977. Cette dernière est aujourd’hui visible devant le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel. Alors que la pièce de Marino di Teana est en acier Corten, celle de l’artiste valaisan est en résine. Jean-François Roudillon, marchand parisien, et le fils de Di Teana accusent Carron de plagiat et de faux. On parle de procès.

La pièce de Valentin Carron s’inscrit dans la mouvance de l’appropriation, l’un des actes artistiques les plus significatifs de l’art contemporain qui remet en cause le concept d’auteur en exacerbant les questions de reproduction. Sous l’apparence d’un plagiat, Carron singe une sculpture aux formes génériques et modernistes, archétype d’un art public proliférant sur nos places, dans nos parcs et sur nos giratoires. Comme un art de camouflage, ces figures familières sont souvent devenues invisibles dans la routine citadine. Leur présence sur des ronds-points ne perturbe pas la concentration des conducteurs et elles ne sont pas proscrites par Via Sicura. En les pastichant et en les réexposant, Carron redonne une visibilité et une existence à ces formes. Il attire à nouveau notre regard sur elles en nous proposant de les questionner, car elles le méritent et il serait trop facile de simplement les dénigrer.

Cette attention retrouvée leur confère une nouvelle présence depuis longtemps perdue malgré leur robuste constitution. Dans ce dialogue entre l’acier et la résine, entre les modernes et les contemporains, la sculpture de Marino di Teana retrouve un éclairage indirect. L’attention souvent considérée comme une ressource précieuse par les économistes opère à nouveau. Ce mécanisme efficace au sein du marché de l’art risque de profiter au marchand et au descendant de Marino di Teana. En cas de procès et en nous référant à la jurisprudence internationale, les modernes risqueraient bel et bien de profiter du succès financier des contemporains.

* Directeur des études, Executive Master in Art Market Studies, Université de Zurich