La prochaine fois que vous vous promènerez aux abords de Plainpalais, à la nuit tombée, peut-être remarquerez-vous une différence. Peut-être lèverez-vous le nez et trouverez qu’un petit quelque chose manque au paysage de la plaine genevoise.

Vous auriez raison. «Breath», ce néon géant qui trônait sur le toit du numéro 2 de l’avenue du Mail, a été retiré de son socle urbain entre jeudi et vendredi. Un départ soudain pour celui qui diffusait une lueur blanche, à l’intensité fluctuante comme une respiration, aux abords du skatepark depuis dix ans exactement. Et qui laisse derrière lui un halo de questionnements.

«Breath» est l’une des premières œuvres à avoir rejoint le projet d’art public Neon Parallax, lancé entre 2006 et 2012 par les Fonds d’art contemporain de la Ville (FMAC) et du canton (FCAC) de Genève. Celui-ci invitait les artistes à investir les toits d’immeubles de la plaine avec des créations lumineuses originales. A l’issue d’un concours, neuf néons géants ont pris leurs quartiers dans les hauteurs: «YES TO ALL», «Soll ich noch Geld ausgeben?» ou encore de grands yeux en amande fixant l’horizon, autant de clin d’œil aux enseignes commerciales de la rade et à leurs messages publicitaires. Une ronde éclairée désormais partie intégrante du panorama de Plainpalais.

Œuvre dangereuse

Si «Breath» a été démonté, c’est avant tout parce que le tube en plastique thermoformé de 24 mètres de long posait des questions de sécurité. «Certains éléments qui constituent l’œuvre sont aujourd’hui dangereux et menacent de tomber», explique Michèle Freiburghaus Lens, responsable du FMAC.

Une nouvelle que Jérôme Leuba, le créateur de «Breath», a accueillie avec un pincement au cœur. «Evidemment, je suis triste que ça s’arrête maintenant, confie l’artiste genevois. Les gens autour de moi ont également exprimé leur regret de voir l’œuvre s’en aller.»

Au-delà de l’émotion, Jérôme Leuba est avant tout surpris. Il n’a été informé du démontage de son œuvre qu’en juin dernier. «Je ne comprends pas pourquoi tout s’est fait dans une telle précipitation. D’autant qu’il était un temps question de la rénover. Les immeubles ne sont-ils que des socles pour des néons que l’on remplace? Cela questionne la fonction même d’une œuvre dans l’espace public.»

Flou artistique

Alors que le contrat de base stipulait une durée d’exposition de dix ans, rien ne précise cependant si la date de référence est celle de l’installation des premiers néons dont «Breath», en 2007, ou celle des dernières additions, en 2012. «Cette durée sera-t-elle respectée pour toutes les autres œuvres?» s’interroge encore Jérôme Leuba. Un manque de clarté curatoriale que déplore également Simon Lamunière, l’un des initiateurs du projet. «A l’origine, nous avons navigué dans une sorte de flou artistique qui a servi le projet. Et c’est ce qui le fragilise aujourd’hui.»

Un flou également quant à la possibilité de rénover l’œuvre, option visiblement écartée en raison de frais trop importants: 60 000 francs environ, contre 80 000 pour la fabrication du néon, passablement agressé depuis par les intempéries et la fumée de cheminée. Un deuxième devis n’a pas été par ailleurs demandé.

Nouveau concours

Au FMAC, on affirme que l’avenir de l’œuvre ainsi que celle de Neon Parallax dans son ensemble devra encore être discuté au sein des commissions. Les fonds envisagent notamment la possibilité de lancer un nouveau concours et d’étendre le projet à d’autres enseignes.

Simon Lamunière a, quant à lui, un seul regret. «Si les choses s’étaient faites avec moins d’empressement, on aurait pu coordonner le démontage de «Breath» avec l’installation du prochain néon pour économiser les frais. Et sécuriser l’œuvre d’ici-là. A présent, elle va manquer tout l’été.»