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Plaire au public, c'est vendre de la publicité

Un livre, «La Face cachée de la Star Ac'», décrypte le fonctionnement subtil de l'émission.

L'ouvrage à peine paru (avec quelques centaines de fautes d'orthographe, de syntaxe et de typographie…), il a déjà engendré environ 5000 entrées sur Google. Mais malgré le côté racoleur de sa jaquette qui clame «Le livre dont TF1 et Endemol se seraient bien passé» [sic!], il ne faut en attendre aucun croustillant. Son auteure, la spécialiste des médias Geneviève Petit, y décrypte le fonctionnement de l'émission et souligne les connexions qui croisent avantageusement les intérêts respectifs des quatre acteurs principaux de la Star Academy (SA): TF1 son diffuseur, Endemol son producteur, Universal sa maison de disques et Gérard Louvin son directeur.

Mais elle décrypte bien, sans dénoncer, en posant les choses froidement et sans ricaner, sur la base de 70 interviews-enquêtes, du centre à la périphérie de la SA. Jusqu'à donner l'intégralité du contrat signé par les apprenti(e)s stars lorsqu'elles entrent dans le casting du château de Dammarie-lès-Lys. Où il apparaît combien ces jeunes sont les marionnettes de systèmes économiques qui se servent la soupe les uns aux autres. Mais cette téléréalité ne serait rien, souligne l'auteure, sans l'image que l'on s'en fait. Jusqu'à l'agence de photographie Sipa qui a simplement évité le dépôt de bilan avec l'exclusivité sur la SA. Ces images (des dizaines et des dizaines de couvertures de magazines pour Jenifer, par exemple) sont au centre de la démystification opérée par La Face cachée de la Star Ac'.

La recette est fragile

Celle-ci tient dans le distinguo qu'il y a à faire entre artistes et vedettes: les premiers sont souvent des auteurs-compositeurs qui ne misent pas forcément sur leur physique et ne s'effondrent pas forcément non plus après un échec dans une carrière en construction; les secondes, en revanche, sont des machines à produire des singles, qui travaillent sur leur notoriété et leur image davantage que sur le message de leurs chansons, mais que l'on jette avec l'eau du bain dès que celle-ci devient tiédasse.

Le moteur est enrhumé, cependant (lire ci-dessus). Car, relève Geneviève Petit, les téléchargeurs illégaux sont redoutables pour toutes les musiques, y compris celles de la SA. Et la radio NRJ fait aussi la loi: «Les ventes de Nolwenn se sont effondrées quand «Cassé» a été retiré de l'antenne.» La recette est donc fragile, et ce n'est pas un hasard si un grand directeur protecteur de la trempe de Gérard Louvin a été appelé à la rescousse après le semi-échec de la SA 3.

Ce mastodonte du divertissement télévisuel a d'ailleurs été aiguillonné par le vertige autobiographique: il traverse ainsi, pour sa propre gloire, le monde de paillettes sur lequel il règne quasi sans partage. A côté de lui, les Carpentier des variétés seventies font aujourd'hui figures d'aimables plaisantins. Le mot d'ordre est simple: «Plaire au public, c'est vendre!»

La Face cachée de la Star Ac', de Geneviève Petit, Ed. Patrick Robin/ROL, 2005, 234 p. Voir aussi le blog Http://www.facecacheestarac.typepad.com

Show devant! L'Incroyable Itinéraire d'un sacré producteur, de Gérard Louvin, Albin Michel, 246 p.