Cinéma

Planète cherche futur dans «Une Suite qui dérange: le temps de l’action»

En 2006, Al Gore sensibilisait la planète au réchauffement climatique dans «Une Vérité qui dérange». La dégradation de la situation appelait un deuxième chapitre

Al Gore a mis ses bottes pour visiter le Groenland. La station scientifique ressemble à une cabane sur pilotis: la fonte des glaces a dénudé les poteaux qui l’arrimaient au sol… L’ambassadeur du climat inspecte le glacier sillonné de bédières, ces torrents glaciaires de surface qui creusent des moulins, des puits dans lesquels l’eau de fonte s’engouffre vertigineusement. «C’est comme un Swiss cheese», observe l’ex-vice-président américain. «On l’appelle emmenthal», corrige le glaciologue helvétique. Où va-t-elle cette eau? En Floride.

Al Gore a remis ses bottes pour visiter Miami, la ville la plus menacée du monde par la montée des eaux. Il barbote dans la flotte avec des édiles chargés de rehausser de quelques dérisoires centimètres les artères inondées et disposant de non moins dérisoires sacs de sable en rempart contre les marées…

Dengue et Zika

En 2006, Al Gore, élu vice-président de Bill Clinton en 1992 et 1996, candidat malchanceux à la présidentielle de 2000 face à George W. Bush, se posait en héraut mondial de la lutte contre le réchauffement climatique avec Une Vérité qui dérange. Ce documentaire remportait deux Oscars et valait à son promoteur le Prix Nobel de la paix.

Une décennie plus tard, la situation s’est péjorée. Le taux de CO2 dans l’air a dépassé le seuil critique de 400 ppm en 2015. Le XXIe siècle a connu 14 des 15 années les plus chaudes. Les incendies de forêt, les sécheresses, les inondations ravagent toutes les régions du monde. Les pandémies, telles que la dengue ou le virus Zika, se propagent… Et, à peine élu, Donald Trump s’est empressé de dénoncer l’Accord de Paris sur le climat de 2015… Il urgeait de proposer Une Suite qui dérange: le temps de l’action.

Le pire est encore évitable

Al Gore refuse de baisser les bras, car «le désespoir n’est qu’une autre forme de déni». Fort d’une foi qui déplace les montagnes, le croisé du climat reste «optimiste et plein de gratitude» envers les milliers d’ambassadeurs du climat qui, quotidiennement, sensibilisent les populations, rencontrent les responsables politiques pour trouver des solutions et résoudre la crise.

S’il évoque l’ampleur du danger à travers une série de catastrophes, Une Suite qui dérange rappelle par des chiffres et des statistiques encourageants que le pire n’est pas inéluctable. La production d’énergie solaire, par exemple, a surpassé de 70 fois les prévisions. Le Chili est passé de 11 mégawatts en 2013 à 850 en 2015…

Charbon et soleil

Al Gore le démocrate se rend à Georgetown, Texas, «la ville le plus républicaine de l’Etat le plus républicain», et pactise avec le maire qui y a instauré une énergie 100% renouvelable. L’Inde rechigne à parapher l’Accord de Paris, faisant valoir son droit à la prospérité économique grâce au charbon. Ministre de l’Energie, Piyush Goyal entend brûler des énergies fossiles pendant 150 ans, comme les pays occidentaux l’ont fait, avant d’investir dans le solaire.

Al Gore appelle la direction de SolarCity et demande au géant de l’énergie solaire de céder gracieusement le brevet des cellules photovoltaïques à l’Inde. Le gars «déglutit lourdement», dixit Gore, mais le transfert de technologie est agréé et l’Inde signe l’accord.

Tous convertis?

Les climatosceptiques ne manqueront pas de dénoncer le culte de la personnalité. Il est vrai qu’Al Gore est omniprésent à l’écran et sort glorifié du documentaire. Mais sa force de conviction, sa ferveur d’évangéliste, sa foi en l’homme et en l’avenir que les échecs et les défaites n’entament pas, forcent l’admiration. Fort d’une devise, «Notre maison, c’est la terre. Ne la détruisons pas», fort d’une certitude, «Pour sortir de la crise climatique, il faut sortir de la crise démocratique», l’apôtre galvanise les foules, convertit les sceptiques et forme par milliers les ambassadeurs du climat.

Si, échappant à la prophétie de l’astrophysicien Stephen Hawking selon laquelle l’humanité aura disparu dans cent ans, des enfants batifolent dans les feuilles mortes d’octobre 2117, ils pourront avoir une pensée émue pour Al Gore. 


Une Suite qui dérange: le temps de l’action (An Inconvenient Sequel: Truth to Power), de Bonni Cohen & Jon Shenk (Etats-Unis, 2017), 1h38.

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